jeudi 18 octobre 2007

Arriba el techo!!

Ca y est, la construction est terminée, Vicente, Maria et leurs 5 enfants ont maintenant une maison de 18m2 sur pilotis, isolée et vernis, un toît sous lequel il ne pleut pas, une maison où l'on peut faire ses devoirs, un peu plus d'espace et d'intimité enfin, pour les trois adolescents de la famille, jusqu'à présent obligés de partager le foyer familial, une cabane d'une quinzaine de mètres carrés, faite de tôle et de carton, perdue au milieu des centaines de bicoques du bidonville (villa) de Maquinista Savio.

Petit retour dans le temps: vendredi soir dernier, Maud, Hugo et moi arrivons, marteau, duvet et k-way sous le bras, au gymnase servant de rendez-vous aux 600 volontaires venus filer un coup de main à la construction des maisons. Après les quelques heures d'attente traditionnelles (le quart d'heure de politesse argentin qu'ils disent), les organisateurs nous répartissent entre les 9 écoles chargées de nous accueillir, j'atteris dans la "escuela violeta", accompagnée de quelques 70 autres bénévoles: direction Maquinista Savio, petite ville du partido de Escobar, dans la banlieue de Buenos Aires.



Arrivés à l'école vers 22h, on s'installe comme on peut, à 20 par salle de classe, les duvets à même le sol, ça s'annonce folklo! Sandwichs et empanadas nous attendent au repas, l'occasion de faire connaissance des autres voluntarios, et de commencer le séjour dans la bonne humeur. Les voluntarios ont tous entre 18 et 25 ans, et de l'énergie ils en ont, heureusement, car le programme est chargé!




Réveillés au chant du coq pour être dans la villa à 8h, la construction dure chaque jour jusqu'à environ 18h: on martèle, on visse, on cloue, le soleil tape et les muscles travaillent! Mais la qumbia qui résonne dans tout le quartier est là pour nous motiver, de même que le maté qui tourne régulièrement, que l'on soit en train de creuser ou de scier, après tout on a 2 mains, autant les utiliser! Les pauses (qui sont nombreuses, on est en Argentine, faut pas déconner!) sont l'occasion de discuter avec les futurs propriétaires de la maisonnette, ou d'organiser des matchs de foot avec les enfants du quartier. Elles sont aussi l'occasion de s'arrêter 2 minutes, de regarder autour de soi, et de se dire "effectivement, c'est pauvre".




Les chefs de la famille pour laquelle je construis sont Maria et Vicente Prado. Maria est femme de ménage et Vicente peintre dans le bâtiment, ensemble ils élèvent 6 enfants, mais l'aînée, agée de 20 ans et déjà Maman, vit à présent avec son mari. Bosseurs, sans problème d'alcool ni de drogue, chacun un emploi, ils ne s'en sortent pas trop mal. Ce n'est pas le cas de tout le voisinage, le manque d'éducation et de débouchés professionnels est criant, ici on se met à chercher du travail vers 13 ans, et l'on devient parent vers l'âge de 18 ans. Ici le gouvernement est loin, très loin, les rues ne sont pas bétonnées et rares sont les maisons qui ont accès à l'eau, les mares de boues crées par la pluie et le manque d'hygiène sont donc l'occasion pour toute sorte de bactéries et de virus de proliférer.
Le soir, avant de partir, Maria nous demande de cacher les planches au fond de la cour, elle craint que les jeunes qui se réunissent au pied de sa porte pour se droguer ne s'amusent à les brûler, les gens du quartier semblent donc être les premières victimes de la délinquance tant décriée des bidonvilles... Je me demande ce que font les adolescents de leurs soirées, quand leurs parents, par peur des mauvaises influences, leur interdisent de sortir, et que le foyer familial fait 15m2...



Les soirées passées à l'école avec les voluntarios sont animées d'un certain nombre de débats et de réflexions sur les principes moteurs de l'association: non à l'assistanat, d'accord, mais où commence l'assistanat? Insertion professionnelle/Education/apport d'un soutien matériel et concret: par quoi commencer pour sortir quelqu'un de la pauvreté?
Elles sont aussi l'occasion de bien se marrer, musique et jeux débiles, les organisateurs ont tout prévu pour que les nuits ne durent pas plus de 5h, on se croirait dans un stage BAFA version argentine, et c'est bien sympa!

La construction s'achève donc dans l'après-midi du lundi. La maison, décorée par les petites du voisinage, est prête à accueillir ses nouveaux propriétaires, l'émotion se fait sentir... Pour nous remercier, les Prado nous cuisinent de la viande. Et puis viens l'heure des au revoirs, les discours de remerciements n'en finissent pas, de notre côté comme du leur, la chef de notre école me demande de parler au nom de mon équipe devant l'ensemble des voluntarios et des familles, j'ai à peine le temps de réfléchir à ce que je vais dire que je me retrouve propulsée sur le devant de la scène, panique, stress, finalement je réussis à sortir quelques phrases dans un espagnol plus que douteux, fiou!
Je m'étais dis que je ne pleurerais pas, mais quand la petite "Milagro", au moment de partir, vient fondre en larmes dans mes bras me faisant promettre de revenir, c'est plus fort que moi...



Et puis voilà, entassés à bord d'un camion, les 70 bénévoles quittent la petite école de Maquinista Savio pour rejoindre le reste de l'association, derrière eux restent dix maisons neuves, dix familles sur le point d'entamer un nouveau début, dix promesses d'avenir... La maison me direz-vous, ne sert à rien si elle ne s'accompagne pas d'un suivi professionnel serieux. Mais elle est en tout cas une étape cruciale, une solution d'urgence incontournable, le premier pas vers la création d'une relation de confiance durable entre les membres de l'association et les gens des villas, basée sur des faits concrets, et vers la sortie de la pauvreté. Comment parler d'éducation à des enfants qui n'ont ni table ni cahier pour étudier? Comment demander à des gens qui doivent chaque jour remettre leur foyer inondé par la pluie sur pied, de se consacrer à la recherche d'un emploi meilleur?

Microcrédit, insertion professionnelle, éducation sexuelle, autant de thèmes nécessaires à la mise en place d'un suivi professionnel plus poussé, et que les membres d'Un techo souhaitent creuser. En attendant, il faut bien fêter la réussite de la construction, et c'est ce qu'on fera samedi prochain, au cours d'une grosse fiesta, dont les fonds récoltés seront reversés à l'association. Après l'effort, le réconfort!

vendredi 5 octobre 2007

De Paseo por Peninsula Valdes.

Ca faisait un moment qu'on y pensait, mais on ne l'avait jamais envisagé serieusement, jusqu'à ce qu'Ines nous annonce qu'elle partait passer quelques jours à Peninsula Valdes... Les partiels terminés, on peut se permettre de louper quelques jours de cours, et l'envie de voyager commence à nous démanger, Ok Ines on part avec toi, en route pour Puerto Madryn!


Puerto Madryn est une ville d'environ 100 000 habitants, située sur la côté Atlantique, dans la Province de Chubut, au Nord de la Patagonie, et à quelques kilomètres de la réserve écologique de la Peninsula Valdes, paradis des baleines, des phoques, des otaries et des pingouins pour sa situation géographique privilêgiée.

Après 18h de bus, des kilomètres et des kilomètres de pampa (c'est fou ce que ce pays est vide...), une série de navets cinématographiques et des fourmis dans les jambes, on foule enfin, samedi matin, et pour la première fois, le sol patagonien.
Il fait beau, sec, et chaud! Les gens sont en shorts et en tongues, nous qui avions prévus les gros pulls, c'est râté! Il règne dans la ville une atmosphère de station balnéaire: la crème solaire et les churros sont de sortie, et ça donne le sourire! La différence d'échelle avec Buenos Aires se ressent partout: ici la pollution n'infiltre pas les poumons à chaque inhalation, et l'on ne risque pas sa vie chaque fois qu'on traverse la route!


Mais que fait cette ville, centre économique de la région, au milieu de cette contrée aride et désertique qu'est la Province de Chubut? Pour cela un peu d'histoire: au dix-neuvième siècle, à l'autre bout de la planète et dans un style un peu moins exotique, les gallois, qui souffraient des persecussions de la couronne britannique pour leurs pratiques méthodistes, demandèrent au gouvernement argentin un territoire où ils pourraient s'installer et pratiquer leur religion librement. Une fois les craintes éliminées, ce dernier concéda aux opprimés un bout de la pampa qui restait à peupler, les gallois devant en échange, jurer de ne pas menacer l'unité argentine en construction. Ainsi débarquèrent, en 1865, les premiers expatriés de rosbeefland, sur ce qui sera plus tard rebaptisé Puerto Madryn ; d'où le nombre important de personnes à la peau blanche et aux yeux bleus que l'on peut croiser dans les rues de la ville, et les dégustations de scones et de pudding en plein milieu de la pampa, original non?
Bref, toujours est-il qu'aujourd'hui, les habitants de Puerto Madryn vivent essentiellement de l'industrie de l'aluminium, de la pêche, et bien sûr du tourisme naturel, ultra développé étant donné la situation géographique de la ville.


En effet, pour beaucoup de backpackers, Puerto Madryn est avant tout une plaque tournante pour accéder aux divers lieux de pélerinage des baleines (ballenas franca australes plus précisément), des phoques et des pingouins, présents sur les côtes de la région en période de reproduction, autrement dit de juillet à décembre, et concentrés pour l'essentiel dans la réserve écologique de la Peninsula Valdes.



En tant que parfaits petits touristes, on s'est donc inscrites à une excursion organisée par l'hostel dans la réserve. Il faut dire que les visites sans guide sont très difficiles: la protection du milieu naturel, qui fait vivre tout un secteur de l'économie, est une priorité (ce qui contraste avec les champs de sacs plastiques à la sortie de Puerto Madryn...), et les entrées et sorties de la réserve sont de ce fait extrêmement contrôlées et limitées. Départ donc de l'hostel dimanche matin à 8h, avec notre guide Hugo et notre chauffeur Hector, pour une journée qui s'annonce dense et riche en découvertes. Si dense que je ne sais pas par où commencer, les photos parleront d'elles mêmes, en tout cas je l'espère.
Les phoques, colonie de patapoufs échoués paresseusement sur le sable patagonien, se dorent la panse au soleil, et semblent chercher à éviter tout mouvement inutile, si ce n'est pour émettre un quelconque grognement ou pour chasser le mâle qui s'approcherait de ses femelles, repos et immobilité, ya qu'ça d'vrai!



Les pingouins, petits bonhommes noirs et blancs, nous attendent, ailes ouvertes, perchés sur les collines et les rochers, à l'affut du prochain déversement de touristes. Un point a retenu mon attention: les pingouins sont extrêmement fidèles et paritaires! Figurez-vous que c'est avant tout le mâle qui, après un séjour de plusieurs mois en mer, débarque sur les plages de la Patagonie pour préparer le nid avant l'arrivée de Madame. Lorsque celle-ci arrive, elle se rend immédiatement au même nid, et donc au même mâle, que l'année d'avant. On se retrouve, on se câline, on copule, et quelques jours plus tard c'est au tour de Mr, le ventre vide, de retourner en mer, laissant Madame couver sa progéniture. Deux semaines plus tard Mr revient, et rebelote, on échange les rôles, et Madame s'en va se remplir la panse. A son retour les futurs parents passent les derniers jours de la couvaison ensemble, pour voir bébé sortir de son oeuf et l'aider à faire ses premiers pas, pas mal comme organisation!



Quand aux baleines, que dire... Sereines, majestueuses, gracieuses malgré leur taille imposante (de 15 à 17m de long pour un poids d'environ 9 tonnes), elles s'approchent calmement du bâteau, disparaissent sous la surface, ne laissant aux pauvres touristes accrochés à leurs appareils photos qu'une faible tâche sombre que l'on tente désespérément de ne pas perdre de vue... et tout d'un coup surgit une tête, un jet d'eau, un aileron, une queue si on a de la chance, l'espace de quelques secondes, et puis plus rien. Au loin le baleineau se donne en spectacle, saute et se trémousse hors de l'eau, sous les airs ébahis des passagers , c'est magique!



On décide de passer la nuit du dimanche au lundi à Puerto Piramides, seul village de la réserve, né il y a une trentaine d'années par et pour le tourisme, 300 habitants nichés au creux de la péninsule, entre les pleines désertiques des gualichos et l'empire des baleines. Avec ses maisons fraîchement construites, sa station service et son climat aride, Puerto Piramides évoque le farwest.
La nuit, en écoutant le chant des baleines depuis la côté, on comprend mieux l'esprit des habitants de la Patagonie, connus pour être plus hostiles, plus rudes et plus réservés que ceux du Nord, des hommes pour la plupart plus proches de la nature, plus solitaires, isolés qu'ils sont des centres urbains par des kilomètres de pampa.



Une fois sorties de ce petit paradis, l'arrivée à Puerto Madryn le lundi soir nous fait l'effet d'un retour brusque dans le monde urbain. Mais ce n'est rien comparé au violent choc électrique que nous occasionne, quelques excursions et quelques heures de bus plus tard, le réveil à 6h40 à la gare de Retiro, qui nous propulse la gueule enfarinée dans les rues de la capitale. Welcome back to reality! Il est tant d'atterrir et de se préparer à affronter quelques heures sévères d'immunologie, malgré le sommeil qui pèse sur nos paupières, et la folle envie de mettre nos photos sur l'ordi, pour pouvoir, encore une fois, s'évader vers la magie des terres australes!