lundi 12 mai 2008

San Antonio de los cobres.

Partis de Salta au matin du quatrième jour de notre expédition dans le Nord-ouest argentin, les vertèbres tassées par les rebondissements de la kangoo et la tête pleine de cactus, de montagnes et de plaines désertiques, nous arrivons pour déjeuner à San Antonio de los cobres.

Capitale du département de Los Andes, perdue en pleine Puna de la Province de Salta, région caractérisée par son aridité, ses plateaux à plus de 3000 mètres au dessus du niveau de la mer, ses salines, ses sommets aux multiples couleurs riches en minéraux, ses températures extrêmes, son manque d'oxigène, sa basse pression atmosphérique, ses lamas et autres camélidés, San Antonio de los Cobres git sur un plateau désert et désolé. Ses maisons de terre se camouflent dans le décor sableux, on se croirait face au dernier survivant d'une lutte acharnée, survivant à bout de force, il suffirait d'un coup de vent pour tout balayer.



Historiquement, San Antonio fut d'abord habité par les civilisations pré-colombiennes de La Puna, avant de constituer l'une des nombreuses colonie de l'empire Inca, jusqu'à la conquête espagnole au début du seixième siècle. Conquête qui profita rapidement des ressources minières de la région pour faire de San Antonio un réservoir de main d'oeuvre au service des mines de cuivre.

Aujourd'hui, San Antonio de los Cobres est plus généralement connu des touristes comme le terminal du Tren a las nubes (train des nuages), voie ferrée construite au début du 20ème siècle pour acheminer les produits miniers de la Puna vers la capitale provinciale: Salta. Converti en attraction touristique au début des années 70, il fut mis hors service au début des années 90 pour cause de dangereux problèmes techniques. Aujourd'hui, c'est en voiture que les touristes serpentent à travers la Quebrada del Toro, pour atteindre le village de San Antonio.



A peine sommes nous sortis de la voiture que des hordes de gamins se bousculent pour nous vendre une pierre trouvée par terre, un lama porte-clé ou encore quelques feuilles de coca. D'autres crient "yoghurt, yoghurt", dans l'espoir que nous leurs achetions un peu de cette source de calcium essentielle à leur croissance, ou nous tendent directement un papier contenant leur nom et leur adresse, pour qu'on leur envoit "des cadeaux". Désemparés, nous entrons rapidement dans un comedor local pour déjeuner, et les enfants, les joues brûlées par le vent et le soleil, s'en retournent errer aux côtés de leurs mères dans les rues poussiéreuses de San Antonio.



Seuls absents du décor: les hommes. Ou sont-ils donc passés? Interloquée, je prends le temps de discuter avec quelques mères de famille, qui m'expliquent que leurs maris, sans emplois, sont partis, les laissant seules avec les enfants. Les seuls qui restent élèvent tant bien que mal quelques moutons dans la Puna, ou travaillent dans les mines. Mais comme dirait Francisco, du haut de ses 5 ans, "parfois ils meurent, parce qu'on les exploite". Alors ils partent, fuyant ce quotidien sinistre et sans issue, abandonnant femmes et enfants à l'isolement tant géographique qu'économique de San Antonio. Car l'avenir de cette ville déshéritée n'est en effet pas très prometteur, les produits chimiques utilisés dans les exploitations minières pour laver les minerais ont pollué les rares cours d'eau de la région, rendant ces derniers non potables et toute irrigation impossible. Que reste-t-il aujourd'hui aux descendants des civilisations Inca et pré-Inca ayant eu le malheur de naître dans cette enclave? Pas grand chose. Et pourtant le gouvernement de la province vient de faire construire plusieurs centaines de logements sociaux, mais pourquoi encourager les gens à vivre dans un endroit aussi hostile à leur survie? Peut-être parce que leur déplacement ne ferait qu'enfler les bidonvilles de Salta.



Triste décor que l'on trouve donc à San Antonio de los Cobres, que nous quittons remplis d'amertume, peinant à digérer la viande fraichement ingurgitée, alors que dans la rue les enfants se battent pour les quelques biscuits que nous venons de leur acheter...

dimanche 11 mai 2008

D'Iguazu à Salta, la transumance du troupeau.

Les photos du périple familial sont en ligne!