mercredi 26 septembre 2007

Un techo para Argentina

Vendredi dernier, en début de soirée, peu avant de sortir, je reçois un mail d'Anouk m'informant que des mecs de son école nous propose de rejoindre les membres de l'association "Un techo para mi pais", dont ils font partie, pour une mission dans un bidonville de Buenos Aires, le lendemain matin. Le rendez-vous est à 8h30, dur dur quand on prévoit de ne pas se coucher avant 4h du matin, mais j'attends depuis déjà quelques semaines qu'une occasion comme celle-ci se propose, la nuit sera donc courte!



Un techo para mi pais est une association présente dans la plupart des pays d'Amérique latine, arrivée à Buenos Aires depuis à peine un an, qui a pour but de permettre aux familles les plus pauvres d'aquérir le minimum pour avancer dans la vie: un toît. Tous les samedis matins, Tomas, Bruno, ainsi qu'une vingtaine de jeunes pétant la forme se réunissent pour arpenter les rues des villas (bidonvilles) de la province, le but étant de repérer les familles les plus en détresse pour ensuite les aider à construire une maison digne de ce nom. La "maison", sencée représenter une solution provisoire, un petit coup de pouce dans la vie de ces gens qui n'ont rien, n'est en fait qu'une cabane en bois de 18m2 sur pilotis, mais au moins à l'intérieur c'est propre et il ne pleut pas.






Les principes de l'association sont clair: interdiction de tomber dans l'assistanat. C'est pourquoi l'on demande aux familles de payer 10% du prix de la maison avant la construction, histoire que cette dernière ne soit pas un simple cadeau, et surtout que les familles aient le sentiment que la maison leur appartient.

Samedi matin on a donc arpenter les rues d'une des nombreuses villas des alentours de Buenos Aires, pour récolter l'argent, et surtout pour discuter avec les familles avant la construction. Un échange simple et court, mais qui permet, autour d'un maté, de découvrir le deuxième visage de l'Argentine, de pénétrer un monde loin des bars et des boutiques branchées de Palermo, un monde où il n'y a ni eau ni électricité, un monde où l'on vit entassé dans des taudis sans nom, un monde où les enfants, la nuit, se transforment en cartoneros...


Une super expérience, à renouveler. La construction est prévue pour le week-end du 12 octobre, 600 volontaires, logés dans les écoles du quartier, vont en 3 jours construire 60 maisons, autrement dit tenter de redonner espoir à 60 familles, j'ai hâte!

jeudi 20 septembre 2007

80 centavos

Ochenta centavos: prix fixé par le ministère des finances pour tout aller en bus dans l'enceinte de la capitale. Ochenta centavos: 20 centimes d'euros, rien. Ochenta centavos: un véritable univers.

Comme tant d'autres mots, "80 centavos" fait partie des expressions qui rythment la vie quotidienne du porteno. Les bus, ou plutôt les "colectivos", font ici partie du décor. Sans eux la ville perdrait une bonne partie de son charme, de même qu'une bonne partie de son chaos, de son bruit et de sa pollution. Environ 200 lignes de colectivos, gérées chacune par une entreprise différente, découpent la ville. S'il fallait reproduire le trajet de chacun des bus sur une carte, celle-ci ressemblerait vite à un plat de spaghetti.


Prendre le colectivo à Buenos Aires, c'est chaque jour une véritable aventure. La privatisation du secteur fait que chaque ligne de bus passe ses journées à courir après les 80 centavos. Et quand je dis courrir je n'exagère pas: les bus se font véritablement la course. A tel point que l'on voit parfois des rafales de colectivos du même numéro se suivre à la queue leu leu dans les rues les plus étroites. Pas trop de problèmes donc pour ce qui est de la fréquence. Les colectivos vous emmènent où vous voulez quand vous voulez, de jour, de nuit, aux heures creuses et aux heures de pointe, même si à ces dernières, vu le trafic, il faut savoir être patient.

Mais avis aux amatteurs des transports en commun, bien que les gens fassent preuve d'un civisme assez étonnant (ils font la queue à l'arrêt de bus, que le premier qui voit ça en France me fasse signe!),lorsqu'on prend le bus ici, il faut s'accrocher. S'accrocher avant de monter, pour faire en sorte que le chauffeur, dans sa folle poursuite des 80 centavos, accepte de ne pas sauter votre arrêt en vous voyant agiter frénétiquement les bras, et ne redémarre pas avant que vous n'ayiez posé les deux pieds sur le plancher. Et s'accrocher, au sens propre du terme, une fois monté dans l'engin. En effet, les places assises sont rares, et le chauffeur se soucie peu de votre comfort, deux solutions s'offrent donc à vous: se jeter sur le premier siège de libre(ce qui ne se fait absolument pas, les argentins étant pour ces choses là très polies, mais vous pouvez toujours prétexter votre européanité), ou se mettre au surf et tenter veinement pendant tout le trajet de garder l'équilibre. Dans le premier cas, vous aurez droit aux agréables gratouillis de fesses et autres massages du postérieur dûs au manque d'amortisseurs et aux quelques crevasses rencontrées sur le chemin, si vous avez la chance d'être côté fenêtre, un petit bonus vous attend: le droit de prendre plusieurs bouffées de la pollution automobile en penchant la tête. Dans le deuxième cas vous ressortirez tout simplement avec des mollets faisant deux fois leur taille originale.



Enfin 80 centavos, c'est avant tout un tarif. Un tarif que l'on ne peut payer qu'en monnaie, les machines n'acceptant pas les billets. Or au pays de l'instabilité économique, la monnaie est un bien rare, et de ce fait précieux. Les centavos ne valent rien, mais tout le monde en cherche. Ne me demandez pas les raisons économiques, j'avoue que je n'ai toujours pas compris, toujours est-il que dans les faits, la monnaie manque! A l'entrée de la plupart des commerces, un message vous demande de collaborer avec les vendeurs en acceptant de céder votre monnaie. Mais quand on prend le bus plusieurs fois par jours, difficile de la céder. La tendance est plutôt à élaborer des stratégies pour en trouver. Ainsi la prise de bus à Buenos Aires exige-t-elle en général un passage obligé au kiosko le plus proche pour acheter une connerie et casser un billet.

Vous l'aurez donc compris, prendre le bus à Buenos Aires est loin d'être une activité quotidienne banale, chaque jour réserve de nouvelles surprises (les insultes sorties par le chauffeur en sont un bon exemple). Je n'aurais jamais cru qu'un simple moyen de transport pouvait en apprendre autant sur un pays.

vendredi 14 septembre 2007

L'art du bluff, ou comment parler argentin sans le parler.

Paraître argentine, dans un pays à l'ascendance européenne très marquée, c'est simple. Mais dès qu'on ouvre la bouche, les choses se compliquent, les yeux s'écarquillent, les sourcils se froncent, et votre interlocuteur laisse échapper, l'air perplexe, un "De donde sos?" (D'où tu viens?). Au début c'est marrant, mais au bout de quelques semaines c'est lassant. Et c'est là qu'on se dit: il faut faire quelquechose. Alors on commence à noter les mots "in", les expressions typiques, tout ce qui pourrait nous aider à décoler l'étiquette "ovni" plaqué sur notre front.

Finalement même sans savoir le parler, le castellano (attention, ici, interdiction de parler de l'"espagnol", qui regroupe plusieurs dialectes, en Argentine on parle le castellan, et non le catalan ou autre langue régionale espagnole) cache suffisament de subtilités pour permettre au français lâché seul au milieu de la pampa de sembler maîtriser la langue.

D'abord il y a les mots que l'on utilise pour combler les blancs, pour ponctuer les phrases, pour commencer ou terminer une conversation, pour passer d'un sujet à un autre,les mots qui ne servent à rien mais qui sont utiles partout. Les mots qui remplacent le "bref", le "ok", le "ouai", le "d'accord", tous ces mots qui rythment nos conversations et dont on ne soupçonne pas l'utilité, jusqu'au jour où on se retrouve bloqué par un "c'est clair" qu'on est incapable de traduire. Le castellano dispose donc d'une bonne panoplie de mots de ce genre qui vous sauvent la vie quand on veut paraître un minimum réceptif à une conversation.

Commençons par le "bueno" (bien, d'accord, ok, cool, flex, peace) qui gagne de loin le prix de la répétition, qui remplace le "vale" espagnol et qui se case partout. Ensuite il y a le "dale" (littéralement "donne le", utilisé pour dire ok, d'accord, vas-y), qui prend le relais du bueno lorsqu'on vient de répéter ce dernier 5 fois et qu'on est à court d'idée. Le "claro" (c'est clair, ouai grave,etc.) n'est pas mal non plus dans ce genre. Vient ensuite le "listo", qui littéralement veut dire "prêt" mais qui s'utilise pour dire d'accord, c'est cool, c'est parti, let's go... Le "viste", qui remplace le "t'as vu" mais de manière un peu moins familière, est également très utile, au même titre que le "digamos" (disons que...). Pour s'exclamer, ce qui ici arrive souvent vu l'enthousiasme des gens quand ils vous parlent, et leur tendance à éxagérer légèrement leurs réactions, il y a le "Que lindo!", ou plutôt le "Que liiiindooo!!" (que c'est beau, que c'est bien, que c'est joli), qui s'accompagne souvent du "barbaro!" (littéralement "barbare", mais qui bizarrement veut dire "super, génial, trop cool, trop top, grave à donf..."). Dans le genre connecteur logique que l'on met à toutes les sauces, il ne faut pas oublier le "O sea que" (c'est à dire), pas facile à caser au départ, mais que l'on ne peut plus s'empêcher d'utiliser une fois que l'on a compris l'astuce. Enfin pour finir une conversation et pour dire aurevoir à quelqu'un, il y a les incontournables "ciao", "suerte" (chance, bonne chance, prends soin de toi), et "nos vemos" (nous nous voyons, autrement dit à bientôt, à plus), qui se disent à répétition après avoir lancé un "cualquier cosa me avisas" (quoi qu'il se passe préviens moi). Impossible donc de paraître argentin sans utiliser à une fréquence relativement élevée l'ensemble de ces mots. Pour le français qui atterit, ils représentent un passage obligé.

Mais au bout d'une semaine à parler à base de listo, de bueno et de claro, on commence à vouloir paraître un peu plus "in", un peu plus flex, un peu plus dans la vibe. Et c'est là qu'intervient le "Che". Le "Che" est indéfinissable et par conséquent intraduisable, il constitue un éspèce de mélange entre le "hey" et le "mec", s'utilise pour appeler quelqu'un, pour introduire une conversation ou encore pour mettre l'accent sur quelquechose. Le "chicos" (les mecs, les enfants, les jeunes en français, guys ou folks en anglais), au même titre que le "chicas" pour les filles, se situe également au premier rang des mots utilisés par l'argentin lambda.
Et puis bien sûr il y a les gros mots, les mots "feos" (moches, vilains), les mots pas beaux, mais qui font tellement bien, tellement "jeun's". A ce titre il y a d'abord le "boludo" (bouffon, andouille, débile, mais qui prend parfois un sens affectueux), ou plutôt le "Che boludo", le "cabron" (connard) ou le "puta madre" (sa mère la pute), qui ponctue la plupart des conversations des 16-25 ans ("una fiesta de puta madre" = une putin de soirée). Dans un style un peu plus recherché, mais tout aussi vulgaire, viennent les expressions "me hincha las pelotas" (ça m'pète les couilles), "estoy en bolas" (littéralement "je suis dans les boules", utilisé pour dire "je suis dans la merde", avant un partiel par exemple), ou encore "el chavon tiene bolas" (le type a des couilles).

Et puis avant de conclure cet article, voilà les quelques mots qui constituent les points de repères essentiels du porteno moyen:

una cuadra: distance parcourue le long d'un pâté de maison. Buenos Aires étant une ville nouvelle, les rues forment un quadrillage très régulier de pâtés de maison plus ou moins équidistants. La cuadra est donc l'unité de mesure de base du porteno.

un kiosko: petite boutique qui vend les utilitaires quotidiens: bonbons, chips, boissons, mobicartes, encas, etc.

un locutorio: sorte de cybercafé amélioré où l'on peut également téléphoner, faxer ou imprimer des documents. On trouve en moyenne un locutorio toutes les 3 cuadras sur les routes de Buenos Aires, preuve que l'ordinateur à domicile est nettement moins répandue que chez nous.

un asado: barbecue argentin pratiqué par le porteno en moyenne 1 fois par semaine avec les amis, les collègues ou la famille.

el subte: le métro

el colectivo: le bus

Avec tout ça, il ne vous reste plus qu'à hocher la tête continuellement en signe d'approbation, ainsi qu'à rigoler chaque fois que l'assemblée semble réagir à une blague, même si vous n'avez strictement rien compris, et vous aurez tout l'air de maîtriser l'argentin sans le maîtriser du tout!

dimanche 9 septembre 2007

Que calor!

Un peu de météo: aujourd'hui et depuis quelques jours, il fait chaud! Un chaud qui doit tourner autour de 20-25 degrés, un chaud qui permet la sortie des tongues et des débardeurs et le retour du manteau au placard, mais pas un chaud parisien, un chaud porteno. Le chaud porteno s'accompagne d'une bonne dose d'humidité bien pesante offerte par son ami le Rio, et d'un bon nuage de pollution. Un tout qui plait aux poumons et qui embaume les bus d'une bonne odeur de sueur! Un tout qui fait rapidement oublier l'hiver froid et sec, et qui donne surtout un avant-goût de ce que doit être l'été à Buenos Aires: un four légèrement étouffant! Autrement dit, à partir de mi-décembre, hasta la vista Buenos Aires et arriba Patagonia!

Puerto Madero


Les photos y sont déjà mais ils manquent les explications! Un mot donc sur Puerto Madero, quartier que nous avons découvert dimanche dernier. Situé au nord-est de la ville, Puerto Madero a, comme la plupart des quartiers de la ville, un style bien a lui. C'est en fait le plus récent et le plus moderne des barrios de Buenos Aires. Il doit sont nom à Eduardo Madero, commerçant chargé de sa construction en 1882. En effet, à la fin du 19ème siècle, les échanges commerciaux de l'Argentine avec le reste du monde étant en pleine expansion, les gouverneurs décidèrent d'aménager cette partie de la ville située au bord du Rio pour en fait un port à la pointe de la technologie. Seulement Puerto Madero se révéla rapidement incapable de faire face à l'essor du trafic portuaire, on fit donc construire un nouveau port, et le quartier d'E.Madero, rendu obsolète, fut progressivement reconverti en un lieu d'habitat et de loisirs, idéal pour venir se promener le dimanche après-midi. Aujourd'hui il constitue certainement le quartier le plus moderne de Buenos Aires, et les grues au travail nous rappellent que son expansion n'est pas finie. Partout se construise de nouveaux immeubles: majestueux, propres et droits. Des édifices qui pour beaucoup de portenos traduisent un mode de vie très particulier, où les courses se font sur internet et les sorties en voiture. Un mode de vie moderne, mais bien plus froid et individualiste que le reste de la ville. Une modernité qui ne plaît donc pas à tout le monde.


Mais malgré son atmosphère un peu particulière, qui semble en faire un quartier sans âme, Puerto Madero reste un lieu très agréable. Bars, restaurants et cafés branchés peuplent les quais où se promènent les amoureux et où viennent courir les accros du jogging, il faut le dire: la modernité ça a du bon! Enfin le quartier abrite une réserve digne de ce nom, où l'on peut faire des promenades à vélo, admirer les danseurs de capoeira, bouquiner sur les bords du Rio ou encore s'émerveiller devant les noiseaux bizarroides. Réserve qui constitue un de ces nombreux espaces verts qui semblent aérer la ville, et dont l'étendue et la tranquilité permettent d'oublier que quelques rues plus loin, on manque de se faire écraser chaque fois que l'on traverse un passage piéton. Par contre je doute encore de la pertinence de l'appellation "réserve écologique", à moins que les bouteilles vides et les sacs plastiques jetés de ci de là ne soient pas considérés comme de la pollution...

mercredi 5 septembre 2007

Au musée de l'agitation politique.

Oubliez tout ce que je vous ai dis sur la fac de lettres et philo, je reviens de la fac de sciences sociales, et je crois que sur l'échelle du propagandisme aigüe, elle bat tous les reccords! Atelier de peinture ou champ de bataille? Toujours est-il que la lutte entre les affiches pour le peu d'espace mural restant est rude! Le Che et ses amis menacent de vous tomber sur la tête quand vous montez les escaliers, et une dizaine de tracts vous assaillent à peine franchie la porte d'entrée. Les fêtes organisées le sont également sur des thèmes assez folklo, ce week-end c'est en hommage à la mort du Che que danseront les élèves de la UBA!
Lundi soir, au milieu d'un cours d'histoire, une jeune fille est venue mendier. Le prof s'est arrêté quelques minutes, l'a laissé faire son discours, passer auprès des élèves en faisant tinter les quelques pièces de son gobelet, puis, la paranthèse terminée, a repris son cours comme si de rien n'était. Il paraît que ces pratiques sont communes, en tout cas à nos yeux, elles l'étaient suffisamment peu pour soulever quelques questions...

dimanche 2 septembre 2007

UBA quand tu nous tiens!

Deux semaines que l'on a commencé les cours, et pour l'instant que des bonnes surprises! Pour commencer quelques petits repères administratifs, barbants mais utiles: la UBA est la seule université publique de Buenos Aires, elle regroupe environ 11 facultés, chacune spécialisée dans un domaine (économie, sciences sociales, lettres et philo, médecine, droit, sciences naturelles, etc.) et dispersées à travers la ville. Lorsqu'on rajoute les 230 000 étudiants répartis sur les différents campus, ça fait un assez gros machin. Pour ce qui est de la forme des études, ici à la sortie du lycée, tous ceux qui souhaitent continuer dans l'enseignement supérieur doivent suivre le "ciclo basico comun", un programme assez général d'environ un an avec un tronc commun à toutes les spécialités, avant d'entamer la "carrera", ou "licenciatura", qui elle dure entre 5 et 7 ans! Sans compter que la plupart des élèves travaillent en même temps, ce qui fait qu'ils sont obligés d'étaler leurs études sur une période encore plus longue. Des études qui sont donc gratuites et d'un assez bon niveau, mais qui coûtent très chères en temps et en énergie.

En ce qui concerne Maud et moi, on suit des cours de virologie et d'immunologie (de la licenciatura) à la "Facultad de ciencias exactas y naturales" (FCEN), et bientôt des cours d'histoire argentine en auditeur libre à la fac de lettres et philo (Ok la concordance logique entre les cours ne saute pas aux yeux, mais elle existe!).

La FCEN c'est d'abord 3 gros bâtiments gris et laids, plantés sur un terrain plat. Quand on s'approche pour la première fois, on prend vite peur. On redoute l'impersonnalité de la fac, on se demande si l'on ne va pas passer inaperçue au milieu de cette organisation gigantesque, et l'on craint de se perdre dans ce monstre mural. Mais la FCEN s'est aussi un campus très vert, au bord du Rio de la Plata, truffé d'infrastructures sportives en tout genre, où on peut faire du volley, de la natation et du chant gratuitement, avec des cafés pour boire un coup en sortant des cours, et des terrasses pour faire des barbecues le midi. L'endroit idéal pour s'échapper du bruit et de la pollution du centre ville. En fait, une fois passé le cri d'horreur à première vue, on est vite séduit par l'atmosphère du lieu.



D'abord les gens, profs ou élèves, ont cette capacité si argentine à vous mettre à l'aise dès le premier instant. Etant donné qu'on a rapidement été étiquetées en tant que "las chicas francesas" (peut être à cause de l'accent? ;) ), les étudiants de nos cours sont de suite venus nous voir pour nous proposer leur aide et nous donner les bons plans. C'est vrai qu'étant les seules européennes du bâtiment, on ne passe pas inaperçues, on se sent même un peu ovni de temps en temps, mais je pense que le jour où un étudiant étranger recevra un tel accueil dans une université française n'est pas encore arrivé! Ensuite ils font preuve d'un naturel extraordinaire, très loin de la superficialité d'autres établissements (pour ne pas les citer :) ). A ça je vois deux explications: le maté et la façon dont ils font la bise. Le maté ici c'est une vrai institution, 1 étudiant sur 3 se ballade avec sa tasse à maté et son thermos sous le bras, à la pause il rajoute un peu d'eau chaude à sa tasse et la fait tourner, et mine de rien c'est un super outil de sociabisilation. Ensuite pour ce qui est de la bise, bien qu'il n'en fasse qu'une au lieu de deux (comme à la patrie), ils la font beaucoup plus souvent et de manière beaucoup plus franche que nous, ce qui rend tout de suite les relations avec les gens plus affectueuses. Et enfin ils sont tellement posés, que le stress de ne pas comprendre un cours d'immunologie en espagnol disparaît rapidement (un peu trop d'ailleurs...les partiels en témoigneront). Un cour qui officiellement commence à 15h ne démarre pas avant 15h30, le temps que le prof se mette en jambe. Ensuite si on compte les pauses d'1/4 d'heures et les petits interludes pendant lesquelles le prof se met à parler de la pluie et du beau temps avec un de ces élèves, disons qu'un cours qui devrait durer 3h dure 2h à tout casser. Donc en gros: plutôt sympa la UBA!



Concernant l'atmosphère, un truc reste déterminant: l'engagement politique des élèves. Bushites, Videlistes et non-gauchistes en tout genre doivent savoir une chose avant d'entrée: la mémoire du Che est toujours présente, et gare à ceux qui oseraient la menacer! Dans le hall d'entrée trônent, suspendues fièrement, un certain nombre d'affiches réclamant essentiellement l'augmentation du budget accordé à l'enseignement public. Disons que sur ce point là on n'est pas trop dépaysés, bien que l'engagement soit ici bien plus présent que chez nous. Mais ce qui retient le plus l'attention c'est une banderole sur laquelle est imprimée le portrait de chaque étudiant de la UBA disparu sous la dictature, un moyen de rappeler que la justice n'a toujours pas été rendue, et d'entraîner une digestion express de votre petit déjeuner. Oui, la mémoire est ici partout présente. Il faut dire que l'histoire argentine est encore très récente, et que tant la dictature que la crise économique ont marqué les esprits. Enfin la FCEN ce n'est rien comparé à la fac de lettres et philo, voulant assister à une conf la semaine dernière, on s'y est rendues, sauf qu'entre temps la conf avait été annulée pour cause de... manif! On en a profité pour faire un tour dans la fac, et disons qu'on s'est senties légèrement oppréssées par les affiches du parti ouvrier qui manquaient de tomber des murs tellement il y en avait, féroce l'engagement étudiant argentin!