vendredi 14 décembre 2007

Société et traditions

S'il fallait résumer l'organisation de la société argentine en quelques mots, je dirais que la famille est reine. Unité élémentaire du tissu social, tant sur le plan affectif et culturel que sur le plan économique et social, la famille est ici un groupe de sociabilisation essentiel.

Les liens familiaux sont avant tout beaucoup plus forts et étroits que chez nous. Il n'est pas rare que 3 générations d'une même famille cohabitent sous le même toit, en témoigne le nombre de gens à la fac qui vivent avec leurs parents et leurs grands parents. Les réunions familiales sont également beaucoup plus fréquentes, le moindre anniversaire, que ce soit celui de la cousine issue de germain ou de la grande tante, est l'occasion de se réunir, et presque tout se fête en famille, avant de se fêter avec les copains, comme le nouvel an, où le dîner familial précédant la bamboula avec les pots est un passage obligé. Les jeunes sortent également beaucoup plus souvent que nous avec leurs cousins/cousines, le primo (cousin) étant pour beaucoup d'argentins le compagnon idéal pour ne pas arriver solo à une soirée. D'autre part même après son départ du foyer familial, l'argentin reste très proche de ses parents: Laura par exemple appelle sa mère tous les jours pour savoir comment elle va. Pour toutes ces raisons, les relations intergénérationnelles me semblent ici beaucoup plus décomplexées que chez nous: il n'est pas rare qu'un pendejo (mi-ado, mi-jeune) engage la discussion à une abuelita (grand-mère) dans le métro. Les rapports entre générations me semblent également plus naturels et plus confiants que chez nous, un exemple: à la chorale les gens ont entre 19 et 60 ans, mais lorsqu'un asado s'organise, tout le monde y participe. De même les quelques adultes qui reviennent à la fac suivre quelques cours me semblent beaucoup plus intégrés à la communauté juvénile que nos pauvres trentagénaires isolés au fin fond des amphis parisiens. Ce naturel et ce respect mutuel entre générations explique peut être aussi le fait que les rapports profs/élèves se fondent beaucoup plus sur une relation de confiance que chez nous.

D'autre part, pour des raisons tant culturelles et éducatives (les études sont un peu plus longues que chez nous) que financières, les jeunes vivent chez leurs parents beaucoup plus longtemps. A la fac, bien que la plupart des gens en cours avec nous aient plus de 22-23 ans, presque tous vivent chez leurs parents. Seuls ceux venus d'autres provinces ont leur propre appart, qu'ils partagent en général avec leurs frères et/ou soeurs. Il est vrai que pour un étudiant issu de classe moyenne, payer un loyer dans la capitale revient vite hors de prix, alors quand on a la chance d'avoir des parents qui y vivent, on y reste. Mais plus que pour des questions financières, il me semble que l'indépendantisation tardive des jeunes revet des dimensions culturelles importantes, tant que l'on ne vit pas en couple et que l'on supporte encore ses parents, pas de raison de partir. Autant cette cohabitation peut avoir du bon, la solidarité intrafamiliale s'en trouve renforcée (à ce propos j'ai parfois l'impression que les argentins craignent moins les grossesses précoces, car ils savent qu'ils peuvent compter sur les parents pour les aider à assumer l'enfant, mais ce n'est qu'une impression...), autant je trouve parfois qu'elle bloque l'émancipation, la maturation et l'entreprenariat des jeunes, longtemps couvés, à l'abri de responsabilités.

L'indice de fécondité, qui s'élève ici à 2,4 enfants par femme, contre 2 en France, et moins de 2 dans la plupart des autres pays européens, est relativement élevé. Outre les causes traditionnelles expliquant ce phénomène (accès à la contraception limité, faible éducation sexuelle, etc.), il me semble que le culte de l'enfant et de la famille nombreuse fait partie de la culture argentine. Entre le dia de los ninos, la fiesta de egresados*, le viaje de egresados**, les quince des filles***, les dieciocho des garçons, les cumpleanos, noël et j'en passe, les occasions ne manquent pas de satisfaire les jeunes pousses.





Enfin dernier constat sociétal: le nombre hallucinant de mariages. Je n'ai pas de chiffres pour appuyer ce que je dis, mais entre ceux des cousins et des copains, les argentins sont toujours fourés dans des mariages, en témoigne le nombre de fois où je me suis entendue dire de la part de copains/copines: "no puedo salir este fin de semana, tengo un casamiento". Certes le nombre est en baisse, et les divorces augmentent, mais nombreux sont ceux qui se remarient après une séparation. Poids des traditions? de la religion? Ou simple occasion de célébrer l'union et de faire la fête? Peut être un peu de tout...

Sur ces paroles légèrement rébarbatives, j'arrête de jouer les sociologues et vais boucler ma valise!

* fête organisée par les collèges/lycées chaque année pour fêter la fin des cours.
** A la fin de la terminale, la plupart des lycées propose à l'ensemble de la propotion un voyage pour fêter la sortie du secondaire.
*** Hormis les anniversaires annuels, il est de coutume ici de faire une plus grosse fête pour les 15 ans des filles et pour les 18 ans des filles. A l'occasion, et pour ceux qui ont les sous, les filles se voient traditionnellement offrir de l'argent ou un voyage.

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