vendredi 18 avril 2008

Enfumés

Mercredi matin, en sortant de chez moi, j'ai comme l'impression d'avoir la vue qui se voile et les yeux qui piquent, serait-ce la fatigue? Le rhume? La respiration aussi se fait péniblement, autour de moi certains s'enfouissent le nez derrière l'écharpe, tout le monde semble cligner des yeux plus fréquemment que d'ordinaire... ça sent le brûlé, encore les voisins qui font un asado? Non, ce manteau opaque qui couvre la ville, irrite la gorge et pique les yeux, est bien de la fumée. Enfumés, c'est bien ce que nous sommes depuis le début de la semaine.

On vous a longtemps nargué avec nos photos ensoleillées? Vous avez envie de vous venger? Eh bien il semblerait que l'heure soit arrivée. Depuis une dizaine de jours, la ville s'est transformée en une cité morbide, où l'on verrait bien déambuler les personnages de Tim Burton. Après la vague de froid du week-end dernier, arrivée violemment et sans prévenir, comme pour nous rappeler que la fin de l'été avait sonnée, c'est un nuage de fumée qui ces derniers jours, a élu domicile au-dessus de la ville. Il semblerait en effet que les agriculteurs du Delta du Tigre aient choisi de brûler leurs mauvaises herbes tous ensembles, et cela à la fin de l'été, autrement dit la période où l'herbe est la plus sèche. Partis d'une intention innocente, mais peut être trop insouciante, ces incendies volontaires se sont rapidement propagés, devenant inmaitrisables.


(Vue satellitale du Delta et de la ville de Buenos Aires)

Un acte inconscient qui a jusqu'à présent causé la mort de 9 personnes et blessé 50 autres, dû au manque de visibilité sur les routes. Un dérapage qui a transformé tous les alentours du Delta en une parilla géante, entrainant une sévère augmentation des allergies et des crises d'asthme. Depuis bientôt 4 jours, la fumée est partout, dans les amphis, les bars, les bus, le métro, elle va même jusqu'à s'infiltrer dans nos chambres, partout ce voile opaque qui vous obscurcit la vue, et cette odeur de brûlé qui vous colle à la peau. Plus qu'oppressante, cette fumée est étouffante, rend claustrophobe. Face à elle on se sent démunis, impuissants, soumis au bon vouloir des vents et de la pluie.
Dans le regard des gens, la perplexité et l'incompréhension se mellent à la colère: comment se fait-il qu'un geste aussi bénin ait pu mener à une situation aussi extrême? Pourquoi une telle inconscience chez certains membres de la société argentine?



Un seul gagnant dans l'affaire: le gouvernement, pour qui cet accident tombe à pic. En effet, les incendies sont pour eux une occasion de diaboliser un peu plus les agropecuarios, et de monter le peuple contre le campo, à qui il tente depuis quelques temps et sans grand succès, d'imposer d'importantes rétentions fiscales.

1 commentaire:

Mum a dit…

En lisant ton article sur le "humo", je me dis que nous avons eu beaucoup de chance...Arrivés 3 jours apres sa mise en ligne, il n'y avait plus aucune trace à Buenos Aires de ce "message" bien fort du campo au gouvernement.

Un abrazo fuerte!