En ce qui concerne Maud et moi, on suit des cours de virologie et d'immunologie (de la licenciatura) à la "Facultad de ciencias exactas y naturales" (FCEN), et bientôt des cours d'histoire argentine en auditeur libre à la fac de lettres et philo (Ok la concordance logique entre les cours ne saute pas aux yeux, mais elle existe!).
La FCEN c'est d'abord 3 gros bâtiments gris et laids, plantés sur un terrain plat. Quand on s'approche pour la première fois, on prend vite peur. On redoute l'impersonnalité de la fac, on se demande si l'on ne va pas passer inaperçue au milieu de cette organisation gigantesque, et l'on craint de se perdre dans ce monstre mural. Mais la FCEN s'est aussi un campus très vert, au bord du Rio de la Plata, truffé d'infrastructures sportives en tout genre, où on peut faire du volley, de la natation et du chant gratuitement, avec des cafés pour boire un coup en sortant des cours, et des terrasses pour faire des barbecues le midi. L'endroit idéal pour s'échapper du bruit et de la pollution du centre ville. En fait, une fois passé le cri d'horreur à première vue, on est vite séduit par l'atmosphère du lieu.
D'abord les gens, profs ou élèves, ont cette capacité si argentine à vous mettre à l'aise dès le premier instant. Etant donné qu'on a rapidement été étiquetées en tant que "las chicas francesas" (peut être à cause de l'accent? ;) ), les étudiants de nos cours sont de suite venus nous voir pour nous proposer leur aide et nous donner les bons plans. C'est vrai qu'étant les seules européennes du bâtiment, on ne passe pas inaperçues, on se sent même un peu ovni de temps en temps, mais je pense que le jour où un étudiant étranger recevra un tel accueil dans une université française n'est pas encore arrivé! Ensuite ils font preuve d'un naturel extraordinaire, très loin de la superficialité d'autres établissements (pour ne pas les citer :) ). A ça je vois deux explications: le maté et la façon dont ils font la bise. Le maté ici c'est une vrai institution, 1 étudiant sur 3 se ballade avec sa tasse à maté et son thermos sous le bras, à la pause il rajoute un peu d'eau chaude à sa tasse et la fait tourner, et mine de rien c'est un super outil de sociabisilation. Ensuite pour ce qui est de la bise, bien qu'il n'en fasse qu'une au lieu de deux (comme à la patrie), ils la font beaucoup plus souvent et de manière beaucoup plus franche que nous, ce qui rend tout de suite les relations avec les gens plus affectueuses. Et enfin ils sont tellement posés, que le stress de ne pas comprendre un cours d'immunologie en espagnol disparaît rapidement (un peu trop d'ailleurs...les partiels en témoigneront). Un cour qui officiellement commence à 15h ne démarre pas avant 15h30, le temps que le prof se mette en jambe. Ensuite si on compte les pauses d'1/4 d'heures et les petits interludes pendant lesquelles le prof se met à parler de la pluie et du beau temps avec un de ces élèves, disons qu'un cours qui devrait durer 3h dure 2h à tout casser. Donc en gros: plutôt sympa la UBA!
Concernant l'atmosphère, un truc reste déterminant: l'engagement politique des élèves. Bushites, Videlistes et non-gauchistes en tout genre doivent savoir une chose avant d'entrée: la mémoire du Che est toujours présente, et gare à ceux qui oseraient la menacer! Dans le hall d'entrée trônent, suspendues fièrement, un certain nombre d'affiches réclamant essentiellement l'augmentation du budget accordé à l'enseignement public. Disons que sur ce point là on n'est pas trop dépaysés, bien que l'engagement soit ici bien plus présent que chez nous. Mais ce qui retient le plus l'attention c'est une banderole sur laquelle est imprimée le portrait de chaque étudiant de la UBA disparu sous la dictature, un moyen de rappeler que la justice n'a toujours pas été rendue, et d'entraîner une digestion express de votre petit déjeuner. Oui, la mémoire est ici partout présente. Il faut dire que l'histoire argentine est encore très récente, et que tant la dictature que la crise économique ont marqué les esprits. Enfin la FCEN ce n'est rien comparé à la fac de lettres et philo, voulant assister à une conf la semaine dernière, on s'y est rendues, sauf qu'entre temps la conf avait été annulée pour cause de... manif! On en a profité pour faire un tour dans la fac, et disons qu'on s'est senties légèrement oppréssées par les affiches du parti ouvrier qui manquaient de tomber des murs tellement il y en avait, féroce l'engagement étudiant argentin!
1 commentaire:
Hola mi prima!
Une bien belle aventure que tu nous fait partager... Tandis que je reprends la routine du lycée dans la grisaille parisienne, je pense à toi qui découvre mille et une merveilles..continues de nous faire rêver à travers ces récits.
Hasta la Vista,
cuidate mucho!
Besos muy fuerte
Pauline
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