jeudi 22 novembre 2007

Macho, macho maan...

Il y a des remarques comme ça qu'il est difficile d'oublier. Alors qu'Anaclara ne peut pas aller à l'anniversaire de Guillermo, parce que c'est loin, qu'il faudrait dormir là bas, et que ça son copain ne le tolèrerait pas, le père de Lucia, une copine de la natation, lui fait vivre un enfer depuis qu'il a décidé que le mec avec qui elle est en ce moment n'est pas fait pour elle. De son côté Josephina cache à son copain qu'elle héberge en ce moment un ami venu lui rendre visite de Cordoba, "non mais t'imagines, s'il apprend qu'un autre garçon que lui dort chez moi, bien qu'il dorme sur le canapé, il me tue!", me dit-elle en rigolant...

Bizarrement moi je ne trouve pas ça très drôle, je ne trouve pas ça très drôle que Maria doive se presser tous les soirs pour tout mettre en ordre dans la maison avant que son mari ne rentre, comme je ne trouve pas ça très drôle de ne pas pouvoir porter de jupe au-dessus du genoux sans se sentir oppressée par les regards et les sifflements des hommes de la rue. Pourquoi est-ce que quand on a des seins et les cheveux longs en Argentine, on est obligé de se demander chaque matin avant de s'habiller si ce qu'on s'apprete à mettre est acceptable? Si ça ne fait pas trop "pouffe", trop dénudée? Et qui sont-ils, ceux qui nous sifflent, pour s'octroyer le droit de nous violer du regard quand on leur passe devant, nous ramenant ainsi avec mépris à notre corps, comme si nous n'étions que physique?

Bref sur ce coup de gueule, je vais manger du chocolat et regarder un épisode de Desperate Housewives, voilà!

lundi 19 novembre 2007

Origines.

A quelques cuadras de chez nous, au collège de la communauté héllenique de Buenos Aires, continue de se transmettre la culture des premiers grecs ayant foulé le sol argentin. Quelques rues plus loin, c'est dans un restaurant arménien tenu par les familles de la communauté que Mariana, copine de la fac et descendante d'immigrés arméniens, nous a emmené manger. Vendredi soir, une chorale de descendants croates faisait vibrer les bancs de l'aula magna (amphi principal de la fac) au son de chants orientaux; Laura, elle, rêve de pouvoir un jour aller en Italie, marcher sur les traces de ses ancêtres... Depuis notre arrivée les exemples se multiplient, et avec les origines, l'Argentine a été et continue d'être le point d'atterissage de parcours migratoires en tout genre, sa population une mosaïque de communautés (Big up à tous les multiculturalistes ;)).

Le week-end dernier, à la fiesta de las colectividades de Rosario, elles étaient toutes présentes, de la Corée du Sud au Pérou, en passant pas l'Iran, le Liban, la Pologne, l'Espagne ou l'Irlande, une multitude de stands pour une multitude de communautés fières de constituer ensemble l'acutelle population argentine. Venues chacune avec leurs danses, leurs chants et leurs spécialités culinaires, l'effervescence est telle qu'on en oublierait presque le stand des tribues indiennes, reclu à une extrêmité du parc, silencieux, discret, il semble presque apeuré...


Un peu d'histoire (merci wikipedia): au milieu du 19ème siècle, les constitutionalistes de la Terre nouvelle (d'origine espagnole pour la plupart), inspirés par la devise Alberdienne "gobernar es poblar" et lasses de voir s'étendre à perte de vue des hectares de pampa vides (c'est vrai qu'une fois exterminés tous les indiens, il reste plus grand chose...) décident d'ouvrir grand les portes à l'immigration.

Victimes de persécutions ethniques et religieuses, d'épidémies, de famines, de pressions démographiques et économiques se pressent alors dans l'embouchure du Rio de la Plata, animés par des rêves de prospérité et de liberté.

Si le gros de l'immigration vient avant tout d'Espagne et d'Italie, les langues parlées sur les cargos qui traversent l'Atlantique sont nombreuses: français, irlandais, polonais, allemand, mais également syrien, libanais, ou encore hébreux. Après la seconde guerre mondiale, c'est au tour des pays d'Europe orientale de voir émigrer les leurs vers les terres australes. Aujourd'hui l'immigration semble encore une fois avoir pris un autre visage: alors que se multiplient les épiceries chinoises dans la capitale, Péruviens et Boliviens accourent aux portes de la ville, en quête de travail.




Seuls absents du décor: les africains. Pourtant au temps de l'esclavage, les premiers colonisateurs en auraient fait venir par millions pour travailler dans les mines et les plantations... Mais il fallait bien envoyer des gens sur le front pendant la guerre d'indépendance, aujourd'hui il n'en reste presque plus...

Bref quand on voit la liste des communautés présentes ici, et la liberté avec laquelle elles mettent en pratique leur identité, on se demande comment le pays fait pour être encore en un seul morceau. Et pourtant les argentins sont avant tout argentins et fières de l'être, mangent tous du dulce de leche, boivent tous (ou presque) du maté, et connaissent tous l'hymne national sur le bout des doigts. Unité nationale et communautarisme ne semblent donc pas être contradictoires. Mais les choses se compliquent peut-être un peu quand on en vient à l'établissement de politiques publiques (qui sont ma foi, pas très glorieuses...): communautarisme et politiques publiques efficaces sont-ils compatibles? (conclusion et ouverture hophophop, saloperie de sciences-po quand tu nous tiens!)
J'ai pas la réponse mais j'ai la question, c'est déjà ça!

lundi 12 novembre 2007

En remontant le Rio Parana...

Passé le delta du Rio de la Plata, en remontant vers le Nord de l'Argentine par le Rio Parana, on s'enfonce progressivement dans la province de Santa Fe, jusqu'à atteindre la ville de Rosario.




Ce chemin c'est celui qu'ont emprunté des centaines de milliers d'immigrés venus peupler la terre nouvelle, faisant aujourd'hui de Rosario la troisième ville du pays en nombre d'habitants. Ayant longtemps été un centre d'exportation massif (de par sa position géographique privilégiée), Rosario ne respirait ni le tourisme ni la tranquilité, jusqu'à ce qu'il y a quelques années, les rosarinos entreprennent un réaménagement massif de la ville, mettant à profit ses nombreux atouts géographiques, et attirant moulte de touristes à y passer le week-end. La clé de cette transformation réussie? Un gouvernement socialiste à la tête de la ville depuis plusieurs années, qui fait la fierté de la plupart de ses habitants, et marque l'originalité de Rosario, seul bastion socialiste du pays. "Nous sommes les seuls à avoir réussi à mettre le péronisme dehors", me dit un rosarino fièrement, au cours d'une discussion.


Rosario c'est aussi la ville où Laura, une copine de la fac, a fait ses premières années d'études, et c'est là où elle et son copain David nous ont emmené, Maud et moi, passer le week-end (merci au copain pour la voiture!). Arrivées le samedi midi après 2h30 de route (une aubaine pour Maud et moi maintenant habituées aux voyages de 15h...), les parents de David nous accueillent comme des rois, ils ont tous les deux fait un an d'étude en France dans leur jeunesse et sont absolument fans du pays, c'est à peine s'ils n'ont pas déroulé le tapis rouge pour notre arrivée, on n'a plus qu'à mettre les pieds sous la table, c'est parfait!

L'après-midi Laura nous fait visiter la ville, il fait beau, il y a des rues pavées et pleins de bâtiments coloniaux, le vent marin (ou devrais-je dire "fluvial") nous débouche les narines et nous ébouriffe les cheveux, on respire, les arbres, des jacarandas aux sycomores en passant par les palmiers et les platanes, sont tous aussi majestueux les uns que les autres, c'est le printemps à Rosario, et j'aime!




Le soir on rejoint les pots de Laura dans un bar-boîte sur la Costanera, cumbia et cuarteto toute la nuit, les argentins sont infatigables (au grand dam de mes jambes qui crient "au dodoooo"), ça shtroumf sec!

La journée du dimanche est encore plus dur que le reste: affalées sur nos serviettes, on se fait rôtir au soleil pendant que Mariana, la copine de Laura, nous fait tourner le maté, trop beau la vie.



Mais le clou du spectacle, c'est la bouffe du dimanche soir. Ayant suivi les conseils du Lonely Planet, Maud et moi atterissons dans un des meilleurs (et des moins chers, faut pas déconner) tenedor libre (littéralement "fourchette libre", autrement dit "buffet à volonté") de la ville, vous savez un de ces endroits où il y a tellement de choses qu'on se sait pas quoi prendre, où l'on finit par tout prendre (il fait bien rentabiliser le prix du menu, n'est ce pas Vincent?) et dont on ressort avec la peau du ventre bien tendue et l'envie de vomir.


Comble du consumisme, usine de la malbouffe, le lieu se transforme sous nos yeux en un véritable laboratoire d'analyse sociologique. 80% des gens qui nous entourent sont gros, voir obèses, j'ai l'impression de pénétrer la vie d'une nouvelle frange de la population, victime (ou bénéficiaire, à vous de juger) de l'influence américaine, bien présente sur le continent. En attendant le flan et la glace au dulce de leche ne sont pas mauvais, il suffit d'oublier que les innombrables restes finiront à la poubelle à la fin de la soirée...



Bref un week-end encore riche en expériences! Seule frustration: les bâteaux-bus ne fonctionnant pas le lundi, nous n'avons pas pu atteindre les îles... mince alors, il va falloir revenir!

NB: Vu que j'ai oublié mon appareil les 2 premiers jours, beaucoup de photos ont été prises par Maud, merci cocotte!

samedi 3 novembre 2007

"Un enfant quand je veux et si je veux", ou pas.

Aujourd'hui, les pays autorisant l'avortement regroupent 41,4% de la population mondiale, ceux qui l'autorisent pour sauver la vie de la femme enceinte, pour des raisons de santé mentale ou socioéconomiques, 48,5%, au total 89,9%.

En Argentine l'avortement est illégal. La loi (articles 85,86,87 et 88 du code pénal), sanctionne par des peines de prisons allant de 1 à 15 ans, tant les femmes se faisant avorter que ceux ayant réalisé l'opération.

La même loi établit cependant deux clauses d'exception à ces peines: lorsque l'avortement se pratique pour sauver la femme d'une grossesse qui menacerait sa vie ou sa santé, ou sur une femme mentalement handicapée dont la grossesse serait le fruit d'un viol.

Mais ces cas d'exceptions restent l'objet de vifs débats illustrés par les fluctuations des textes de loi, et se heurtent souvent aux principes moraux et religieux des médecins.*


"Idas y venidas ... se derogan, se reincorporan, se vuelven a derogar, y mientras tanto, nosotras las mujeres argentinas seguimos muriendo o nos encontramos presas (como Romina Tejerina), violadas y condenadas, sin derecho a decidir, portando úteros punibles". (Marité de Rosario, www.derechoalaborto.org.ar)

Il y a plus d'un an, la cour suprême autorisait une jeune fille handicapée victime d'un viol de se livrer à l'avortement. Face au refus des médecins du public de se livrer à une telle opération, cette dernière fut avortée dans une clinique privée. Mais aujourd'hui encore, plus d'un an après les évènements, ce cas fait parler de lui. Malgré les arguments avancés par la sénatrice Vilma Iberra pour défendre l'action de la justice argentine, mettant en avant le devoir de protection de la santé physique que possède l'Etat argentin envers ses citoyens, et insistant sur "la tragédie que représente pour une jeune fille handicapée, l'implantation violente et forcée d'un embryon"*, l'Eglise et le Secrétariat Nacional de la famille, il y a peu, réitéraient leurs critiques, n'hésitant pas à qualifier le gouvernement d'assassin, et mettant en garde contre la montée d'une idéologie pro-avortement au pouvoir.


Peu de temps après, dans la rubrique "courrier des lecteurs" de La Nacion, on pouvait lire l'article suivant:

"A los problemas cronicos que nos agobian diariamente, ahora se agrega el mas grave, el que nos cierra el estomago cada manana en pleno desayuno: el aborto asistido por el Estado.
Toda la fuerza de la medicina, con su vocacion esencial por la vida, se vio, una vez mas, aplastada por el poder superior de los ministros de Salud de turno, que autorizaron el homicidio organizado de otro bebe en plene y saludable desarrollo.
Ningun ser racional espera que una nena descapacitada o violada sea madre. Lo que esperamos todos es la creacion de un programa eficiente de asistencia y contencion psicologica, medica y economica, que la ayude a llevar a termino el embarazo, y un sistema de adopcion eficaz que, inmediatamente, ponga en contacto a ese bebe con alguna de las tantas parejas que suenan con un hijo y escriben un capitulo paralelo de intenso sufrimiento, impotencia y frustraction por no lograrlo.
Dos problemas, una solucion"
(Florencia Sanguinetti)**

Et pendant ce temps, à la fac de sciences sociales, les affiches plaidant pour le droit des femmes à disposer de leurs corps se multiplient...






*http://www.derechoalaborto.org.ar/legis.htm

**En français: "Aux problèmes croniques qui nous accablent quotidiennement s'ajoute aujourd'hui le plus grave, celui qui nous noue l'estomac chaque matin au petit déjeuner: l'avortement assisté par l'Etat.
Toute la force de la médecine, ayant pour vocation essentielle la lutte pour la vie, s'est vue, une fois de plus, écrasée par le pouvoir supérieur des ministres de Santé ayant autorisé l'homicide organisé d'un autre bébé en plein et sain développement.
Aucun être rationnel ne peut aspirer à ce qu'une jeune fille handicapée ou violée soit maman. Mais ce que nous souhaitons tous, c'est la création d'un programme efficace d'assistance et de soutien psychologique, médicale et économique, qui l'aide à mener à bien sa grossesse, ainsi qu'un système efficace d'adoption qui mette immédiatement en contact le bébé avec l'un des nombreux couples privés injustement du droit d'avoir un enfant.
Deux problèmes, une solution"
(Florencia Sanguinetti)