lundi 19 novembre 2007

Origines.

A quelques cuadras de chez nous, au collège de la communauté héllenique de Buenos Aires, continue de se transmettre la culture des premiers grecs ayant foulé le sol argentin. Quelques rues plus loin, c'est dans un restaurant arménien tenu par les familles de la communauté que Mariana, copine de la fac et descendante d'immigrés arméniens, nous a emmené manger. Vendredi soir, une chorale de descendants croates faisait vibrer les bancs de l'aula magna (amphi principal de la fac) au son de chants orientaux; Laura, elle, rêve de pouvoir un jour aller en Italie, marcher sur les traces de ses ancêtres... Depuis notre arrivée les exemples se multiplient, et avec les origines, l'Argentine a été et continue d'être le point d'atterissage de parcours migratoires en tout genre, sa population une mosaïque de communautés (Big up à tous les multiculturalistes ;)).

Le week-end dernier, à la fiesta de las colectividades de Rosario, elles étaient toutes présentes, de la Corée du Sud au Pérou, en passant pas l'Iran, le Liban, la Pologne, l'Espagne ou l'Irlande, une multitude de stands pour une multitude de communautés fières de constituer ensemble l'acutelle population argentine. Venues chacune avec leurs danses, leurs chants et leurs spécialités culinaires, l'effervescence est telle qu'on en oublierait presque le stand des tribues indiennes, reclu à une extrêmité du parc, silencieux, discret, il semble presque apeuré...


Un peu d'histoire (merci wikipedia): au milieu du 19ème siècle, les constitutionalistes de la Terre nouvelle (d'origine espagnole pour la plupart), inspirés par la devise Alberdienne "gobernar es poblar" et lasses de voir s'étendre à perte de vue des hectares de pampa vides (c'est vrai qu'une fois exterminés tous les indiens, il reste plus grand chose...) décident d'ouvrir grand les portes à l'immigration.

Victimes de persécutions ethniques et religieuses, d'épidémies, de famines, de pressions démographiques et économiques se pressent alors dans l'embouchure du Rio de la Plata, animés par des rêves de prospérité et de liberté.

Si le gros de l'immigration vient avant tout d'Espagne et d'Italie, les langues parlées sur les cargos qui traversent l'Atlantique sont nombreuses: français, irlandais, polonais, allemand, mais également syrien, libanais, ou encore hébreux. Après la seconde guerre mondiale, c'est au tour des pays d'Europe orientale de voir émigrer les leurs vers les terres australes. Aujourd'hui l'immigration semble encore une fois avoir pris un autre visage: alors que se multiplient les épiceries chinoises dans la capitale, Péruviens et Boliviens accourent aux portes de la ville, en quête de travail.




Seuls absents du décor: les africains. Pourtant au temps de l'esclavage, les premiers colonisateurs en auraient fait venir par millions pour travailler dans les mines et les plantations... Mais il fallait bien envoyer des gens sur le front pendant la guerre d'indépendance, aujourd'hui il n'en reste presque plus...

Bref quand on voit la liste des communautés présentes ici, et la liberté avec laquelle elles mettent en pratique leur identité, on se demande comment le pays fait pour être encore en un seul morceau. Et pourtant les argentins sont avant tout argentins et fières de l'être, mangent tous du dulce de leche, boivent tous (ou presque) du maté, et connaissent tous l'hymne national sur le bout des doigts. Unité nationale et communautarisme ne semblent donc pas être contradictoires. Mais les choses se compliquent peut-être un peu quand on en vient à l'établissement de politiques publiques (qui sont ma foi, pas très glorieuses...): communautarisme et politiques publiques efficaces sont-ils compatibles? (conclusion et ouverture hophophop, saloperie de sciences-po quand tu nous tiens!)
J'ai pas la réponse mais j'ai la question, c'est déjà ça!

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