jeudi 18 octobre 2007

Arriba el techo!!

Ca y est, la construction est terminée, Vicente, Maria et leurs 5 enfants ont maintenant une maison de 18m2 sur pilotis, isolée et vernis, un toît sous lequel il ne pleut pas, une maison où l'on peut faire ses devoirs, un peu plus d'espace et d'intimité enfin, pour les trois adolescents de la famille, jusqu'à présent obligés de partager le foyer familial, une cabane d'une quinzaine de mètres carrés, faite de tôle et de carton, perdue au milieu des centaines de bicoques du bidonville (villa) de Maquinista Savio.

Petit retour dans le temps: vendredi soir dernier, Maud, Hugo et moi arrivons, marteau, duvet et k-way sous le bras, au gymnase servant de rendez-vous aux 600 volontaires venus filer un coup de main à la construction des maisons. Après les quelques heures d'attente traditionnelles (le quart d'heure de politesse argentin qu'ils disent), les organisateurs nous répartissent entre les 9 écoles chargées de nous accueillir, j'atteris dans la "escuela violeta", accompagnée de quelques 70 autres bénévoles: direction Maquinista Savio, petite ville du partido de Escobar, dans la banlieue de Buenos Aires.



Arrivés à l'école vers 22h, on s'installe comme on peut, à 20 par salle de classe, les duvets à même le sol, ça s'annonce folklo! Sandwichs et empanadas nous attendent au repas, l'occasion de faire connaissance des autres voluntarios, et de commencer le séjour dans la bonne humeur. Les voluntarios ont tous entre 18 et 25 ans, et de l'énergie ils en ont, heureusement, car le programme est chargé!




Réveillés au chant du coq pour être dans la villa à 8h, la construction dure chaque jour jusqu'à environ 18h: on martèle, on visse, on cloue, le soleil tape et les muscles travaillent! Mais la qumbia qui résonne dans tout le quartier est là pour nous motiver, de même que le maté qui tourne régulièrement, que l'on soit en train de creuser ou de scier, après tout on a 2 mains, autant les utiliser! Les pauses (qui sont nombreuses, on est en Argentine, faut pas déconner!) sont l'occasion de discuter avec les futurs propriétaires de la maisonnette, ou d'organiser des matchs de foot avec les enfants du quartier. Elles sont aussi l'occasion de s'arrêter 2 minutes, de regarder autour de soi, et de se dire "effectivement, c'est pauvre".




Les chefs de la famille pour laquelle je construis sont Maria et Vicente Prado. Maria est femme de ménage et Vicente peintre dans le bâtiment, ensemble ils élèvent 6 enfants, mais l'aînée, agée de 20 ans et déjà Maman, vit à présent avec son mari. Bosseurs, sans problème d'alcool ni de drogue, chacun un emploi, ils ne s'en sortent pas trop mal. Ce n'est pas le cas de tout le voisinage, le manque d'éducation et de débouchés professionnels est criant, ici on se met à chercher du travail vers 13 ans, et l'on devient parent vers l'âge de 18 ans. Ici le gouvernement est loin, très loin, les rues ne sont pas bétonnées et rares sont les maisons qui ont accès à l'eau, les mares de boues crées par la pluie et le manque d'hygiène sont donc l'occasion pour toute sorte de bactéries et de virus de proliférer.
Le soir, avant de partir, Maria nous demande de cacher les planches au fond de la cour, elle craint que les jeunes qui se réunissent au pied de sa porte pour se droguer ne s'amusent à les brûler, les gens du quartier semblent donc être les premières victimes de la délinquance tant décriée des bidonvilles... Je me demande ce que font les adolescents de leurs soirées, quand leurs parents, par peur des mauvaises influences, leur interdisent de sortir, et que le foyer familial fait 15m2...



Les soirées passées à l'école avec les voluntarios sont animées d'un certain nombre de débats et de réflexions sur les principes moteurs de l'association: non à l'assistanat, d'accord, mais où commence l'assistanat? Insertion professionnelle/Education/apport d'un soutien matériel et concret: par quoi commencer pour sortir quelqu'un de la pauvreté?
Elles sont aussi l'occasion de bien se marrer, musique et jeux débiles, les organisateurs ont tout prévu pour que les nuits ne durent pas plus de 5h, on se croirait dans un stage BAFA version argentine, et c'est bien sympa!

La construction s'achève donc dans l'après-midi du lundi. La maison, décorée par les petites du voisinage, est prête à accueillir ses nouveaux propriétaires, l'émotion se fait sentir... Pour nous remercier, les Prado nous cuisinent de la viande. Et puis viens l'heure des au revoirs, les discours de remerciements n'en finissent pas, de notre côté comme du leur, la chef de notre école me demande de parler au nom de mon équipe devant l'ensemble des voluntarios et des familles, j'ai à peine le temps de réfléchir à ce que je vais dire que je me retrouve propulsée sur le devant de la scène, panique, stress, finalement je réussis à sortir quelques phrases dans un espagnol plus que douteux, fiou!
Je m'étais dis que je ne pleurerais pas, mais quand la petite "Milagro", au moment de partir, vient fondre en larmes dans mes bras me faisant promettre de revenir, c'est plus fort que moi...



Et puis voilà, entassés à bord d'un camion, les 70 bénévoles quittent la petite école de Maquinista Savio pour rejoindre le reste de l'association, derrière eux restent dix maisons neuves, dix familles sur le point d'entamer un nouveau début, dix promesses d'avenir... La maison me direz-vous, ne sert à rien si elle ne s'accompagne pas d'un suivi professionnel serieux. Mais elle est en tout cas une étape cruciale, une solution d'urgence incontournable, le premier pas vers la création d'une relation de confiance durable entre les membres de l'association et les gens des villas, basée sur des faits concrets, et vers la sortie de la pauvreté. Comment parler d'éducation à des enfants qui n'ont ni table ni cahier pour étudier? Comment demander à des gens qui doivent chaque jour remettre leur foyer inondé par la pluie sur pied, de se consacrer à la recherche d'un emploi meilleur?

Microcrédit, insertion professionnelle, éducation sexuelle, autant de thèmes nécessaires à la mise en place d'un suivi professionnel plus poussé, et que les membres d'Un techo souhaitent creuser. En attendant, il faut bien fêter la réussite de la construction, et c'est ce qu'on fera samedi prochain, au cours d'une grosse fiesta, dont les fonds récoltés seront reversés à l'association. Après l'effort, le réconfort!

vendredi 5 octobre 2007

De Paseo por Peninsula Valdes.

Ca faisait un moment qu'on y pensait, mais on ne l'avait jamais envisagé serieusement, jusqu'à ce qu'Ines nous annonce qu'elle partait passer quelques jours à Peninsula Valdes... Les partiels terminés, on peut se permettre de louper quelques jours de cours, et l'envie de voyager commence à nous démanger, Ok Ines on part avec toi, en route pour Puerto Madryn!


Puerto Madryn est une ville d'environ 100 000 habitants, située sur la côté Atlantique, dans la Province de Chubut, au Nord de la Patagonie, et à quelques kilomètres de la réserve écologique de la Peninsula Valdes, paradis des baleines, des phoques, des otaries et des pingouins pour sa situation géographique privilêgiée.

Après 18h de bus, des kilomètres et des kilomètres de pampa (c'est fou ce que ce pays est vide...), une série de navets cinématographiques et des fourmis dans les jambes, on foule enfin, samedi matin, et pour la première fois, le sol patagonien.
Il fait beau, sec, et chaud! Les gens sont en shorts et en tongues, nous qui avions prévus les gros pulls, c'est râté! Il règne dans la ville une atmosphère de station balnéaire: la crème solaire et les churros sont de sortie, et ça donne le sourire! La différence d'échelle avec Buenos Aires se ressent partout: ici la pollution n'infiltre pas les poumons à chaque inhalation, et l'on ne risque pas sa vie chaque fois qu'on traverse la route!


Mais que fait cette ville, centre économique de la région, au milieu de cette contrée aride et désertique qu'est la Province de Chubut? Pour cela un peu d'histoire: au dix-neuvième siècle, à l'autre bout de la planète et dans un style un peu moins exotique, les gallois, qui souffraient des persecussions de la couronne britannique pour leurs pratiques méthodistes, demandèrent au gouvernement argentin un territoire où ils pourraient s'installer et pratiquer leur religion librement. Une fois les craintes éliminées, ce dernier concéda aux opprimés un bout de la pampa qui restait à peupler, les gallois devant en échange, jurer de ne pas menacer l'unité argentine en construction. Ainsi débarquèrent, en 1865, les premiers expatriés de rosbeefland, sur ce qui sera plus tard rebaptisé Puerto Madryn ; d'où le nombre important de personnes à la peau blanche et aux yeux bleus que l'on peut croiser dans les rues de la ville, et les dégustations de scones et de pudding en plein milieu de la pampa, original non?
Bref, toujours est-il qu'aujourd'hui, les habitants de Puerto Madryn vivent essentiellement de l'industrie de l'aluminium, de la pêche, et bien sûr du tourisme naturel, ultra développé étant donné la situation géographique de la ville.


En effet, pour beaucoup de backpackers, Puerto Madryn est avant tout une plaque tournante pour accéder aux divers lieux de pélerinage des baleines (ballenas franca australes plus précisément), des phoques et des pingouins, présents sur les côtes de la région en période de reproduction, autrement dit de juillet à décembre, et concentrés pour l'essentiel dans la réserve écologique de la Peninsula Valdes.



En tant que parfaits petits touristes, on s'est donc inscrites à une excursion organisée par l'hostel dans la réserve. Il faut dire que les visites sans guide sont très difficiles: la protection du milieu naturel, qui fait vivre tout un secteur de l'économie, est une priorité (ce qui contraste avec les champs de sacs plastiques à la sortie de Puerto Madryn...), et les entrées et sorties de la réserve sont de ce fait extrêmement contrôlées et limitées. Départ donc de l'hostel dimanche matin à 8h, avec notre guide Hugo et notre chauffeur Hector, pour une journée qui s'annonce dense et riche en découvertes. Si dense que je ne sais pas par où commencer, les photos parleront d'elles mêmes, en tout cas je l'espère.
Les phoques, colonie de patapoufs échoués paresseusement sur le sable patagonien, se dorent la panse au soleil, et semblent chercher à éviter tout mouvement inutile, si ce n'est pour émettre un quelconque grognement ou pour chasser le mâle qui s'approcherait de ses femelles, repos et immobilité, ya qu'ça d'vrai!



Les pingouins, petits bonhommes noirs et blancs, nous attendent, ailes ouvertes, perchés sur les collines et les rochers, à l'affut du prochain déversement de touristes. Un point a retenu mon attention: les pingouins sont extrêmement fidèles et paritaires! Figurez-vous que c'est avant tout le mâle qui, après un séjour de plusieurs mois en mer, débarque sur les plages de la Patagonie pour préparer le nid avant l'arrivée de Madame. Lorsque celle-ci arrive, elle se rend immédiatement au même nid, et donc au même mâle, que l'année d'avant. On se retrouve, on se câline, on copule, et quelques jours plus tard c'est au tour de Mr, le ventre vide, de retourner en mer, laissant Madame couver sa progéniture. Deux semaines plus tard Mr revient, et rebelote, on échange les rôles, et Madame s'en va se remplir la panse. A son retour les futurs parents passent les derniers jours de la couvaison ensemble, pour voir bébé sortir de son oeuf et l'aider à faire ses premiers pas, pas mal comme organisation!



Quand aux baleines, que dire... Sereines, majestueuses, gracieuses malgré leur taille imposante (de 15 à 17m de long pour un poids d'environ 9 tonnes), elles s'approchent calmement du bâteau, disparaissent sous la surface, ne laissant aux pauvres touristes accrochés à leurs appareils photos qu'une faible tâche sombre que l'on tente désespérément de ne pas perdre de vue... et tout d'un coup surgit une tête, un jet d'eau, un aileron, une queue si on a de la chance, l'espace de quelques secondes, et puis plus rien. Au loin le baleineau se donne en spectacle, saute et se trémousse hors de l'eau, sous les airs ébahis des passagers , c'est magique!



On décide de passer la nuit du dimanche au lundi à Puerto Piramides, seul village de la réserve, né il y a une trentaine d'années par et pour le tourisme, 300 habitants nichés au creux de la péninsule, entre les pleines désertiques des gualichos et l'empire des baleines. Avec ses maisons fraîchement construites, sa station service et son climat aride, Puerto Piramides évoque le farwest.
La nuit, en écoutant le chant des baleines depuis la côté, on comprend mieux l'esprit des habitants de la Patagonie, connus pour être plus hostiles, plus rudes et plus réservés que ceux du Nord, des hommes pour la plupart plus proches de la nature, plus solitaires, isolés qu'ils sont des centres urbains par des kilomètres de pampa.



Une fois sorties de ce petit paradis, l'arrivée à Puerto Madryn le lundi soir nous fait l'effet d'un retour brusque dans le monde urbain. Mais ce n'est rien comparé au violent choc électrique que nous occasionne, quelques excursions et quelques heures de bus plus tard, le réveil à 6h40 à la gare de Retiro, qui nous propulse la gueule enfarinée dans les rues de la capitale. Welcome back to reality! Il est tant d'atterrir et de se préparer à affronter quelques heures sévères d'immunologie, malgré le sommeil qui pèse sur nos paupières, et la folle envie de mettre nos photos sur l'ordi, pour pouvoir, encore une fois, s'évader vers la magie des terres australes!

mercredi 26 septembre 2007

Un techo para Argentina

Vendredi dernier, en début de soirée, peu avant de sortir, je reçois un mail d'Anouk m'informant que des mecs de son école nous propose de rejoindre les membres de l'association "Un techo para mi pais", dont ils font partie, pour une mission dans un bidonville de Buenos Aires, le lendemain matin. Le rendez-vous est à 8h30, dur dur quand on prévoit de ne pas se coucher avant 4h du matin, mais j'attends depuis déjà quelques semaines qu'une occasion comme celle-ci se propose, la nuit sera donc courte!



Un techo para mi pais est une association présente dans la plupart des pays d'Amérique latine, arrivée à Buenos Aires depuis à peine un an, qui a pour but de permettre aux familles les plus pauvres d'aquérir le minimum pour avancer dans la vie: un toît. Tous les samedis matins, Tomas, Bruno, ainsi qu'une vingtaine de jeunes pétant la forme se réunissent pour arpenter les rues des villas (bidonvilles) de la province, le but étant de repérer les familles les plus en détresse pour ensuite les aider à construire une maison digne de ce nom. La "maison", sencée représenter une solution provisoire, un petit coup de pouce dans la vie de ces gens qui n'ont rien, n'est en fait qu'une cabane en bois de 18m2 sur pilotis, mais au moins à l'intérieur c'est propre et il ne pleut pas.






Les principes de l'association sont clair: interdiction de tomber dans l'assistanat. C'est pourquoi l'on demande aux familles de payer 10% du prix de la maison avant la construction, histoire que cette dernière ne soit pas un simple cadeau, et surtout que les familles aient le sentiment que la maison leur appartient.

Samedi matin on a donc arpenter les rues d'une des nombreuses villas des alentours de Buenos Aires, pour récolter l'argent, et surtout pour discuter avec les familles avant la construction. Un échange simple et court, mais qui permet, autour d'un maté, de découvrir le deuxième visage de l'Argentine, de pénétrer un monde loin des bars et des boutiques branchées de Palermo, un monde où il n'y a ni eau ni électricité, un monde où l'on vit entassé dans des taudis sans nom, un monde où les enfants, la nuit, se transforment en cartoneros...


Une super expérience, à renouveler. La construction est prévue pour le week-end du 12 octobre, 600 volontaires, logés dans les écoles du quartier, vont en 3 jours construire 60 maisons, autrement dit tenter de redonner espoir à 60 familles, j'ai hâte!

jeudi 20 septembre 2007

80 centavos

Ochenta centavos: prix fixé par le ministère des finances pour tout aller en bus dans l'enceinte de la capitale. Ochenta centavos: 20 centimes d'euros, rien. Ochenta centavos: un véritable univers.

Comme tant d'autres mots, "80 centavos" fait partie des expressions qui rythment la vie quotidienne du porteno. Les bus, ou plutôt les "colectivos", font ici partie du décor. Sans eux la ville perdrait une bonne partie de son charme, de même qu'une bonne partie de son chaos, de son bruit et de sa pollution. Environ 200 lignes de colectivos, gérées chacune par une entreprise différente, découpent la ville. S'il fallait reproduire le trajet de chacun des bus sur une carte, celle-ci ressemblerait vite à un plat de spaghetti.


Prendre le colectivo à Buenos Aires, c'est chaque jour une véritable aventure. La privatisation du secteur fait que chaque ligne de bus passe ses journées à courir après les 80 centavos. Et quand je dis courrir je n'exagère pas: les bus se font véritablement la course. A tel point que l'on voit parfois des rafales de colectivos du même numéro se suivre à la queue leu leu dans les rues les plus étroites. Pas trop de problèmes donc pour ce qui est de la fréquence. Les colectivos vous emmènent où vous voulez quand vous voulez, de jour, de nuit, aux heures creuses et aux heures de pointe, même si à ces dernières, vu le trafic, il faut savoir être patient.

Mais avis aux amatteurs des transports en commun, bien que les gens fassent preuve d'un civisme assez étonnant (ils font la queue à l'arrêt de bus, que le premier qui voit ça en France me fasse signe!),lorsqu'on prend le bus ici, il faut s'accrocher. S'accrocher avant de monter, pour faire en sorte que le chauffeur, dans sa folle poursuite des 80 centavos, accepte de ne pas sauter votre arrêt en vous voyant agiter frénétiquement les bras, et ne redémarre pas avant que vous n'ayiez posé les deux pieds sur le plancher. Et s'accrocher, au sens propre du terme, une fois monté dans l'engin. En effet, les places assises sont rares, et le chauffeur se soucie peu de votre comfort, deux solutions s'offrent donc à vous: se jeter sur le premier siège de libre(ce qui ne se fait absolument pas, les argentins étant pour ces choses là très polies, mais vous pouvez toujours prétexter votre européanité), ou se mettre au surf et tenter veinement pendant tout le trajet de garder l'équilibre. Dans le premier cas, vous aurez droit aux agréables gratouillis de fesses et autres massages du postérieur dûs au manque d'amortisseurs et aux quelques crevasses rencontrées sur le chemin, si vous avez la chance d'être côté fenêtre, un petit bonus vous attend: le droit de prendre plusieurs bouffées de la pollution automobile en penchant la tête. Dans le deuxième cas vous ressortirez tout simplement avec des mollets faisant deux fois leur taille originale.



Enfin 80 centavos, c'est avant tout un tarif. Un tarif que l'on ne peut payer qu'en monnaie, les machines n'acceptant pas les billets. Or au pays de l'instabilité économique, la monnaie est un bien rare, et de ce fait précieux. Les centavos ne valent rien, mais tout le monde en cherche. Ne me demandez pas les raisons économiques, j'avoue que je n'ai toujours pas compris, toujours est-il que dans les faits, la monnaie manque! A l'entrée de la plupart des commerces, un message vous demande de collaborer avec les vendeurs en acceptant de céder votre monnaie. Mais quand on prend le bus plusieurs fois par jours, difficile de la céder. La tendance est plutôt à élaborer des stratégies pour en trouver. Ainsi la prise de bus à Buenos Aires exige-t-elle en général un passage obligé au kiosko le plus proche pour acheter une connerie et casser un billet.

Vous l'aurez donc compris, prendre le bus à Buenos Aires est loin d'être une activité quotidienne banale, chaque jour réserve de nouvelles surprises (les insultes sorties par le chauffeur en sont un bon exemple). Je n'aurais jamais cru qu'un simple moyen de transport pouvait en apprendre autant sur un pays.

vendredi 14 septembre 2007

L'art du bluff, ou comment parler argentin sans le parler.

Paraître argentine, dans un pays à l'ascendance européenne très marquée, c'est simple. Mais dès qu'on ouvre la bouche, les choses se compliquent, les yeux s'écarquillent, les sourcils se froncent, et votre interlocuteur laisse échapper, l'air perplexe, un "De donde sos?" (D'où tu viens?). Au début c'est marrant, mais au bout de quelques semaines c'est lassant. Et c'est là qu'on se dit: il faut faire quelquechose. Alors on commence à noter les mots "in", les expressions typiques, tout ce qui pourrait nous aider à décoler l'étiquette "ovni" plaqué sur notre front.

Finalement même sans savoir le parler, le castellano (attention, ici, interdiction de parler de l'"espagnol", qui regroupe plusieurs dialectes, en Argentine on parle le castellan, et non le catalan ou autre langue régionale espagnole) cache suffisament de subtilités pour permettre au français lâché seul au milieu de la pampa de sembler maîtriser la langue.

D'abord il y a les mots que l'on utilise pour combler les blancs, pour ponctuer les phrases, pour commencer ou terminer une conversation, pour passer d'un sujet à un autre,les mots qui ne servent à rien mais qui sont utiles partout. Les mots qui remplacent le "bref", le "ok", le "ouai", le "d'accord", tous ces mots qui rythment nos conversations et dont on ne soupçonne pas l'utilité, jusqu'au jour où on se retrouve bloqué par un "c'est clair" qu'on est incapable de traduire. Le castellano dispose donc d'une bonne panoplie de mots de ce genre qui vous sauvent la vie quand on veut paraître un minimum réceptif à une conversation.

Commençons par le "bueno" (bien, d'accord, ok, cool, flex, peace) qui gagne de loin le prix de la répétition, qui remplace le "vale" espagnol et qui se case partout. Ensuite il y a le "dale" (littéralement "donne le", utilisé pour dire ok, d'accord, vas-y), qui prend le relais du bueno lorsqu'on vient de répéter ce dernier 5 fois et qu'on est à court d'idée. Le "claro" (c'est clair, ouai grave,etc.) n'est pas mal non plus dans ce genre. Vient ensuite le "listo", qui littéralement veut dire "prêt" mais qui s'utilise pour dire d'accord, c'est cool, c'est parti, let's go... Le "viste", qui remplace le "t'as vu" mais de manière un peu moins familière, est également très utile, au même titre que le "digamos" (disons que...). Pour s'exclamer, ce qui ici arrive souvent vu l'enthousiasme des gens quand ils vous parlent, et leur tendance à éxagérer légèrement leurs réactions, il y a le "Que lindo!", ou plutôt le "Que liiiindooo!!" (que c'est beau, que c'est bien, que c'est joli), qui s'accompagne souvent du "barbaro!" (littéralement "barbare", mais qui bizarrement veut dire "super, génial, trop cool, trop top, grave à donf..."). Dans le genre connecteur logique que l'on met à toutes les sauces, il ne faut pas oublier le "O sea que" (c'est à dire), pas facile à caser au départ, mais que l'on ne peut plus s'empêcher d'utiliser une fois que l'on a compris l'astuce. Enfin pour finir une conversation et pour dire aurevoir à quelqu'un, il y a les incontournables "ciao", "suerte" (chance, bonne chance, prends soin de toi), et "nos vemos" (nous nous voyons, autrement dit à bientôt, à plus), qui se disent à répétition après avoir lancé un "cualquier cosa me avisas" (quoi qu'il se passe préviens moi). Impossible donc de paraître argentin sans utiliser à une fréquence relativement élevée l'ensemble de ces mots. Pour le français qui atterit, ils représentent un passage obligé.

Mais au bout d'une semaine à parler à base de listo, de bueno et de claro, on commence à vouloir paraître un peu plus "in", un peu plus flex, un peu plus dans la vibe. Et c'est là qu'intervient le "Che". Le "Che" est indéfinissable et par conséquent intraduisable, il constitue un éspèce de mélange entre le "hey" et le "mec", s'utilise pour appeler quelqu'un, pour introduire une conversation ou encore pour mettre l'accent sur quelquechose. Le "chicos" (les mecs, les enfants, les jeunes en français, guys ou folks en anglais), au même titre que le "chicas" pour les filles, se situe également au premier rang des mots utilisés par l'argentin lambda.
Et puis bien sûr il y a les gros mots, les mots "feos" (moches, vilains), les mots pas beaux, mais qui font tellement bien, tellement "jeun's". A ce titre il y a d'abord le "boludo" (bouffon, andouille, débile, mais qui prend parfois un sens affectueux), ou plutôt le "Che boludo", le "cabron" (connard) ou le "puta madre" (sa mère la pute), qui ponctue la plupart des conversations des 16-25 ans ("una fiesta de puta madre" = une putin de soirée). Dans un style un peu plus recherché, mais tout aussi vulgaire, viennent les expressions "me hincha las pelotas" (ça m'pète les couilles), "estoy en bolas" (littéralement "je suis dans les boules", utilisé pour dire "je suis dans la merde", avant un partiel par exemple), ou encore "el chavon tiene bolas" (le type a des couilles).

Et puis avant de conclure cet article, voilà les quelques mots qui constituent les points de repères essentiels du porteno moyen:

una cuadra: distance parcourue le long d'un pâté de maison. Buenos Aires étant une ville nouvelle, les rues forment un quadrillage très régulier de pâtés de maison plus ou moins équidistants. La cuadra est donc l'unité de mesure de base du porteno.

un kiosko: petite boutique qui vend les utilitaires quotidiens: bonbons, chips, boissons, mobicartes, encas, etc.

un locutorio: sorte de cybercafé amélioré où l'on peut également téléphoner, faxer ou imprimer des documents. On trouve en moyenne un locutorio toutes les 3 cuadras sur les routes de Buenos Aires, preuve que l'ordinateur à domicile est nettement moins répandue que chez nous.

un asado: barbecue argentin pratiqué par le porteno en moyenne 1 fois par semaine avec les amis, les collègues ou la famille.

el subte: le métro

el colectivo: le bus

Avec tout ça, il ne vous reste plus qu'à hocher la tête continuellement en signe d'approbation, ainsi qu'à rigoler chaque fois que l'assemblée semble réagir à une blague, même si vous n'avez strictement rien compris, et vous aurez tout l'air de maîtriser l'argentin sans le maîtriser du tout!

dimanche 9 septembre 2007

Que calor!

Un peu de météo: aujourd'hui et depuis quelques jours, il fait chaud! Un chaud qui doit tourner autour de 20-25 degrés, un chaud qui permet la sortie des tongues et des débardeurs et le retour du manteau au placard, mais pas un chaud parisien, un chaud porteno. Le chaud porteno s'accompagne d'une bonne dose d'humidité bien pesante offerte par son ami le Rio, et d'un bon nuage de pollution. Un tout qui plait aux poumons et qui embaume les bus d'une bonne odeur de sueur! Un tout qui fait rapidement oublier l'hiver froid et sec, et qui donne surtout un avant-goût de ce que doit être l'été à Buenos Aires: un four légèrement étouffant! Autrement dit, à partir de mi-décembre, hasta la vista Buenos Aires et arriba Patagonia!

Puerto Madero


Les photos y sont déjà mais ils manquent les explications! Un mot donc sur Puerto Madero, quartier que nous avons découvert dimanche dernier. Situé au nord-est de la ville, Puerto Madero a, comme la plupart des quartiers de la ville, un style bien a lui. C'est en fait le plus récent et le plus moderne des barrios de Buenos Aires. Il doit sont nom à Eduardo Madero, commerçant chargé de sa construction en 1882. En effet, à la fin du 19ème siècle, les échanges commerciaux de l'Argentine avec le reste du monde étant en pleine expansion, les gouverneurs décidèrent d'aménager cette partie de la ville située au bord du Rio pour en fait un port à la pointe de la technologie. Seulement Puerto Madero se révéla rapidement incapable de faire face à l'essor du trafic portuaire, on fit donc construire un nouveau port, et le quartier d'E.Madero, rendu obsolète, fut progressivement reconverti en un lieu d'habitat et de loisirs, idéal pour venir se promener le dimanche après-midi. Aujourd'hui il constitue certainement le quartier le plus moderne de Buenos Aires, et les grues au travail nous rappellent que son expansion n'est pas finie. Partout se construise de nouveaux immeubles: majestueux, propres et droits. Des édifices qui pour beaucoup de portenos traduisent un mode de vie très particulier, où les courses se font sur internet et les sorties en voiture. Un mode de vie moderne, mais bien plus froid et individualiste que le reste de la ville. Une modernité qui ne plaît donc pas à tout le monde.


Mais malgré son atmosphère un peu particulière, qui semble en faire un quartier sans âme, Puerto Madero reste un lieu très agréable. Bars, restaurants et cafés branchés peuplent les quais où se promènent les amoureux et où viennent courir les accros du jogging, il faut le dire: la modernité ça a du bon! Enfin le quartier abrite une réserve digne de ce nom, où l'on peut faire des promenades à vélo, admirer les danseurs de capoeira, bouquiner sur les bords du Rio ou encore s'émerveiller devant les noiseaux bizarroides. Réserve qui constitue un de ces nombreux espaces verts qui semblent aérer la ville, et dont l'étendue et la tranquilité permettent d'oublier que quelques rues plus loin, on manque de se faire écraser chaque fois que l'on traverse un passage piéton. Par contre je doute encore de la pertinence de l'appellation "réserve écologique", à moins que les bouteilles vides et les sacs plastiques jetés de ci de là ne soient pas considérés comme de la pollution...

mercredi 5 septembre 2007

Au musée de l'agitation politique.

Oubliez tout ce que je vous ai dis sur la fac de lettres et philo, je reviens de la fac de sciences sociales, et je crois que sur l'échelle du propagandisme aigüe, elle bat tous les reccords! Atelier de peinture ou champ de bataille? Toujours est-il que la lutte entre les affiches pour le peu d'espace mural restant est rude! Le Che et ses amis menacent de vous tomber sur la tête quand vous montez les escaliers, et une dizaine de tracts vous assaillent à peine franchie la porte d'entrée. Les fêtes organisées le sont également sur des thèmes assez folklo, ce week-end c'est en hommage à la mort du Che que danseront les élèves de la UBA!
Lundi soir, au milieu d'un cours d'histoire, une jeune fille est venue mendier. Le prof s'est arrêté quelques minutes, l'a laissé faire son discours, passer auprès des élèves en faisant tinter les quelques pièces de son gobelet, puis, la paranthèse terminée, a repris son cours comme si de rien n'était. Il paraît que ces pratiques sont communes, en tout cas à nos yeux, elles l'étaient suffisamment peu pour soulever quelques questions...

dimanche 2 septembre 2007

UBA quand tu nous tiens!

Deux semaines que l'on a commencé les cours, et pour l'instant que des bonnes surprises! Pour commencer quelques petits repères administratifs, barbants mais utiles: la UBA est la seule université publique de Buenos Aires, elle regroupe environ 11 facultés, chacune spécialisée dans un domaine (économie, sciences sociales, lettres et philo, médecine, droit, sciences naturelles, etc.) et dispersées à travers la ville. Lorsqu'on rajoute les 230 000 étudiants répartis sur les différents campus, ça fait un assez gros machin. Pour ce qui est de la forme des études, ici à la sortie du lycée, tous ceux qui souhaitent continuer dans l'enseignement supérieur doivent suivre le "ciclo basico comun", un programme assez général d'environ un an avec un tronc commun à toutes les spécialités, avant d'entamer la "carrera", ou "licenciatura", qui elle dure entre 5 et 7 ans! Sans compter que la plupart des élèves travaillent en même temps, ce qui fait qu'ils sont obligés d'étaler leurs études sur une période encore plus longue. Des études qui sont donc gratuites et d'un assez bon niveau, mais qui coûtent très chères en temps et en énergie.

En ce qui concerne Maud et moi, on suit des cours de virologie et d'immunologie (de la licenciatura) à la "Facultad de ciencias exactas y naturales" (FCEN), et bientôt des cours d'histoire argentine en auditeur libre à la fac de lettres et philo (Ok la concordance logique entre les cours ne saute pas aux yeux, mais elle existe!).

La FCEN c'est d'abord 3 gros bâtiments gris et laids, plantés sur un terrain plat. Quand on s'approche pour la première fois, on prend vite peur. On redoute l'impersonnalité de la fac, on se demande si l'on ne va pas passer inaperçue au milieu de cette organisation gigantesque, et l'on craint de se perdre dans ce monstre mural. Mais la FCEN s'est aussi un campus très vert, au bord du Rio de la Plata, truffé d'infrastructures sportives en tout genre, où on peut faire du volley, de la natation et du chant gratuitement, avec des cafés pour boire un coup en sortant des cours, et des terrasses pour faire des barbecues le midi. L'endroit idéal pour s'échapper du bruit et de la pollution du centre ville. En fait, une fois passé le cri d'horreur à première vue, on est vite séduit par l'atmosphère du lieu.



D'abord les gens, profs ou élèves, ont cette capacité si argentine à vous mettre à l'aise dès le premier instant. Etant donné qu'on a rapidement été étiquetées en tant que "las chicas francesas" (peut être à cause de l'accent? ;) ), les étudiants de nos cours sont de suite venus nous voir pour nous proposer leur aide et nous donner les bons plans. C'est vrai qu'étant les seules européennes du bâtiment, on ne passe pas inaperçues, on se sent même un peu ovni de temps en temps, mais je pense que le jour où un étudiant étranger recevra un tel accueil dans une université française n'est pas encore arrivé! Ensuite ils font preuve d'un naturel extraordinaire, très loin de la superficialité d'autres établissements (pour ne pas les citer :) ). A ça je vois deux explications: le maté et la façon dont ils font la bise. Le maté ici c'est une vrai institution, 1 étudiant sur 3 se ballade avec sa tasse à maté et son thermos sous le bras, à la pause il rajoute un peu d'eau chaude à sa tasse et la fait tourner, et mine de rien c'est un super outil de sociabisilation. Ensuite pour ce qui est de la bise, bien qu'il n'en fasse qu'une au lieu de deux (comme à la patrie), ils la font beaucoup plus souvent et de manière beaucoup plus franche que nous, ce qui rend tout de suite les relations avec les gens plus affectueuses. Et enfin ils sont tellement posés, que le stress de ne pas comprendre un cours d'immunologie en espagnol disparaît rapidement (un peu trop d'ailleurs...les partiels en témoigneront). Un cour qui officiellement commence à 15h ne démarre pas avant 15h30, le temps que le prof se mette en jambe. Ensuite si on compte les pauses d'1/4 d'heures et les petits interludes pendant lesquelles le prof se met à parler de la pluie et du beau temps avec un de ces élèves, disons qu'un cours qui devrait durer 3h dure 2h à tout casser. Donc en gros: plutôt sympa la UBA!



Concernant l'atmosphère, un truc reste déterminant: l'engagement politique des élèves. Bushites, Videlistes et non-gauchistes en tout genre doivent savoir une chose avant d'entrée: la mémoire du Che est toujours présente, et gare à ceux qui oseraient la menacer! Dans le hall d'entrée trônent, suspendues fièrement, un certain nombre d'affiches réclamant essentiellement l'augmentation du budget accordé à l'enseignement public. Disons que sur ce point là on n'est pas trop dépaysés, bien que l'engagement soit ici bien plus présent que chez nous. Mais ce qui retient le plus l'attention c'est une banderole sur laquelle est imprimée le portrait de chaque étudiant de la UBA disparu sous la dictature, un moyen de rappeler que la justice n'a toujours pas été rendue, et d'entraîner une digestion express de votre petit déjeuner. Oui, la mémoire est ici partout présente. Il faut dire que l'histoire argentine est encore très récente, et que tant la dictature que la crise économique ont marqué les esprits. Enfin la FCEN ce n'est rien comparé à la fac de lettres et philo, voulant assister à une conf la semaine dernière, on s'y est rendues, sauf qu'entre temps la conf avait été annulée pour cause de... manif! On en a profité pour faire un tour dans la fac, et disons qu'on s'est senties légèrement oppréssées par les affiches du parti ouvrier qui manquaient de tomber des murs tellement il y en avait, féroce l'engagement étudiant argentin!

mardi 28 août 2007

Virée à Mendoza...

Au bout d'une semaine de vida portena à fond les ballons, ayant plié la recherche d'appart en 2 jours et l'envie de voyager commençant à nous démanger, on a décidé de partir à Mendoza, une ville à l'ouest du pays, au pied de la Cordillère des Andes, passer une petite semaine avec quelques potes de l'auberge et de sciences-po, histoire de voir la montagne en hiver avant la rentrée. On avait déjà été estomaquées par la Cordillère en la survolant avant notre arrivée, mais là ce fut absolument "diviiino", comme dirait les argentins!

Départ donc de Buenos Aires le mardi 14 août au soir pour 13h de bus (ce qui en Argentine veut dire 14-15h) en direction de Mendoza à bord de la compagnie Chevalier. Faut savoir qu'ici, les distances étant à rallonge, 13h de bus, c'est peu! Il faut certainement 5 fois plus pour arriver en Patagonie.. Et puis les bus sont super high-tech, on peut baisser nos sièges pour en faire des 'camas', on nous sert un plateau repas, avec Chevalier on a même droit à un super petit dej, et on y dort plutôt bien, surtout quand on a quelques heures de sommeil à rattraper. On se serait bien passer des 4 gros lourdeaux devant nous qui ont passé le voyage à nous jetter des regards et à essayer d'engager la conversation, du vieux qui hurlait dans son talkie-walkie à notre gauche (ici certains utilisent des talkie-walkie à la place des portables, à la joie des personnes alentours qui ont le plaisir de pouvoir partager toute la conversation), et du film de guerre sanglant au possible à 23h, volume à fond, mais faut bien s'adapter, n'est-ce pas?

Une fois à Mendoza, disons que le planning à été...chargé! On est d'abord resté deux jours dans la ville, à flâner sur les petites places pleines de charmes et à s'émerveiller sur les paysages qu'offre le parc San Martin, où se mélangent bouleaux, sycomores, platanes et palmiers, le tout surplombé d'une vue de fou sur la pré-cordillère.



Si Mendoza ressemble pas mal à Buenos Aires pour son architecture et son quadrillage de routes, c'est une ville beaucoup plus tranquille, avec seulement 130 000 habitants contre 12 millions pour la Capitale, on s'y sent vite en vacances, mais putain qu'il caille!!



On est encore tombé dans une super auberge (il faut croire qu'ici c'est partout comme ça), l'hostel independencia, tenue par un groupe de rigolos argentins qui nous ont permis de passer des supers soirées guitares (yeah man), bien qu'on ait certainement ruiné toutes les chansons en essayant de chanter en espagnol...



Couchés donc pas très tôt le jeudi soir, on s'est réveillés à 5h du mat le vendredi matin pour prendre le bus direction Puente del Inca, un pont naturel fait de sels et de sédiments, à environ 4h de Mendoza (5h quand le chauffeur discute 10 minutes avec ses pots à chaque arrêt...), et pour voir l'Aconcagua, le plus haut sommet des Andes (environ 7000m). Des paysages magnifiques, un temps de rêve et pas un chat dans les environs, le pied! Une seule faille au système: pour se ballader on est obligé de marcher sur la RN7, la seule route qui passe dans le coin et qui se trouve également être la seule route qui relie l'Argentine à Santiago du Chili, on a donc eu droit aux pots d'échappement des camions pendant une petite heure, alors qu'on manquait de se faire écraser toutes les 2 minutes, sympa l'air pure de la montagne!



Le soir, cassés et engourdis par le froid, on s'est rentrés à l'auberge qu'on avait réservé pour le week-end dans la petite ville d'Uspallata et qui, malgré une arrivée un peu chaotique (l'auberge était à 5km du centre et nous chargés comme des bourriquots, donc on a légèrement galéré pour y arriver, d'autant qu'il n'y avait pas d'eau chaude et qu'une panne d'électricité nous attendait à notre arrivée!), s'est révélé être génialissime.



Le samedi on s'est offert le luxe d'une journée de ski, histoire de profiter de notre statut de riches européens (les forfaits de ski sont aux prix français, donc incaccessibles à la majeure partie de la population) et de se taper quelques coups de soleil, et le dimanche, éblouis au réveil par les paysages entourant l'auberge (que l'on n'avait jusqu'à présent vue uniquement de nuit) et séduits par l'ambiance familiale et décontractée du lieu, on a décidé de rester un jour de plus à Uspallata, le temps de manger un asado 'riquiiissimo" cuisiné avec l'aide de Pablo, un des employés de l'auberge.

Quelques mots sur Uspallata. Ce lieu m'a tellement marqué qu'il faut absolument que je vous le décrive, même si c'est dur d'exprimer ce que l'on ressent quand on ne dispose que d'un vocabulaire assez restreint! La ville est située sur un plateau de pampa, où gambadent chevaux et vaches, traversé par un petit rio et entouré de montagnes, d'un côté des sommets enneigés, de l'autre des monts de roches ocres qui rappellent le Colorado (ce qui y ont été me diront si je me trompe...), partout une végétation très aride, des couleurs magnifiques et surtout: de l'espace! S'il y a bien une chose qui ici contraste avec les paysages européens, c'est l'espace, tout semble plus vaste, plus étendue, on se sent vraiment tout petit. Quand on ajoute à tout ça le soleil et la gentillesse des argentins de l'auberge, ça fait un dimanche plutôt sympa!

On a donc repris le bus pour Mendoza en fin de journée (après l'heure de retard rituelle des bus de la région) avec une sensation de fin de week-end assez désagréable, pour passer une dernière soirée sur Mendoza, et surtout faire le tour des bodegas à vélo le lundi après-midi, avant le retour vers la Capitale Federale. La province de Mendoza est en effet connue pour ses vins (on a essayé de rester fidèles aux vins français, mais c'est dur, les leurs sont vraiment bons!), et on peut faire le tour des vignes et des cuves (bodegas) à vélo, dégustations comprises. Au retour, la compagnie Chevalier nous avait encore réservé un bon petit film: Die Hard, idéal pour s'endormir, surtout quand votre siège est juste sous la télé (même les boules quies n'y font rien)! Arrivées avec Maud en fin de matinée à Buenos Aires, la gueule enfarinée par les kilomètres de pampa traversés, on a dû courir à notre premier cour de l'année: trois heures d'immunochimie en amphi, et qui plus est en espagnol, dur dur le retour!

lundi 27 août 2007

Premières impressions...

Disons que notre arrivée à Buenos Aires n'est pas vraiment le meilleur souvenir que je garde du séjour: poisseuses et crevées après un voyage de 30h, encore émues et déboussolées par les adieux (qui n'ont pas été des plus faciles, certains s'en souviendront...), quel ne fut pas notre plaisir de se voir accueillir par... la pluie et la grisaille! Montées dans un taxi en direction du centre ville après s'être fait arraché un pourboir, on a ensuite traversé une série de bidonvilles situés à la périphérie de la ville, ce qui ne m'a pas vraiment remonté le moral! Bref, une arrivée peu enthousiasmante!

Heureusement tout s'est vite arrangé. On a vite rejoint le reste de la clique pipotarde arrivée avant nous à la capitale, et le beau temps s'est pointé des le lendemain, nous montrant la ville sous un autre jour. L'auberge où l'on est resté la première semaine (la casa esmeralda) s'est avéré être génialissime, à tel point qu'on ne voulait plus en partir! Accueillies par le dueno, un franco-argentin adorable, on a vite sympathisées avec le reste des vacanciers: français, anglais et néo-zélandais (vive le multiculturalisme ;) )backpackant en Amérique latine, ou venus comme nous en échange universitaire. La recherche de logement a été pliée en 2 jours. On a vite trouvé notre bonheur chez Cecilia, une argentine d'une cinquantaine d'années qui a une grande maison dans Palermo Viejo (mon quartier préféré de la ville) et qui y loue 3 chambres: 2 pour nous et une autre pour un étudiant américain venu comme nous passer un semestre à Buenos Aires. Fini donc le stress des premiers jours, on a pu profiter de la ville un maximum, alternant ballades, visites et bamboulas le soir avec les gens de l'auberge et les pipotards, la belle vie!

J'en reviens au titre de l'article, la première impression que m'a fait la ville se résume en un mot: hétéroclite. Ici on passe facilement des grattes ciels à la New York City accompagnés de larges boulevards, aux quartiers plus tranquiles et plus coloniaux comme Palermo, peuplés de petites maisons de toutes les couleurs, de boutiques branchouilles, et traversés par des rues pavées, en passant bien sûr par les quartiers plus populaires Pour les européens, l'influence américaine est frappante, il n'y a qu'à voir la taille des McDos, la prépondérance des grosses productions américaines au cinéma (la première semaine on avait le choix entre "duro de matar 4" (die hard 4), et "el regrosso del todo poderoso" (le retour de bruce tout puissant), l'architecture des buildings du microcentro, la largeur de certaines avenues et le quadrillage de cuadras formé par les rues qui rappelle le côté ville nouvelle des villes du nouveau monde. Pourtant à chaque fois que l'on discute avec un américain, il s'empresse de nous lancer: "this city is so european!". En effet, le style colonial d'un certain nombre de maisons fait de cette ville "le Paris de l'Amérique latine". Enfin malgré ces influences occidentales, la ville est quand même bien argentine. Pas de doute, on est bien en Amérique latine, et cela se ressent particulièrement les premiers jours. Les petits boui-bouis disséminés à travers la ville, où l'on trouve tant des cartes sims que des bonbons, la circulation ( en d'autre mots la loi du plus fort), et le bruit, un tout parfois un peu chaotique!
Hétéroclite donc pour son architecture, mais hétéroclite aussi pour sa composition sociale. Après quelques jours dans la ciudad, on se rend vite compte qu'il y a deux argentines: une argentine blanche issue de la première vague d'immigration européenne, qui vit dans les beaux quartiers et va à l'université, et une argentine plus basanée, venue plus récemment des pays plus précaires de l'Amérique latine (Bolivie, Colombie, sud du Pérou...), qui elle s'entasse dans les bidonvilles, vient mendier à la sortie des bouches du subte, et gonfle les rangs des cartoneros (des gens qui la nuit viennent ramasser les cartons dans les poubelles pour les revendre).

Enfin en arrivant, on ne peut qu'être surpris par l'étendue de la ville. Rien à voir avec Paris, ici on met facilement 3/4 d'heures pour se rendre d'un quartier à l'autre et l'européen qui débarque se fait vite avoir par sa notion des distances. Les premiers jours, on a eu du mal à arriver à l'heure, et on s'est fait les gambas en enchaînant les cuadras! Heureusement cet espace fait que la ville dispose d'un certain nombre de grands espaces verts avec une végétation magnifique: sycomores, palmiers, araucarias... l'idéal pour s'évader un moment de l'activité électrique de la ville.

Voilà donc pour les premières impressions, je commence vraiment à trouver beaucoup de charme à cette ville, et j'arrive même à prendre le bus sans me perdre (ce qui je vous assure n'est pas facile, vu le nombre de lignes de bus qui la traverse)! On n'a pas arrêté depuis notre arrivée, et il nous reste tellement de choses à voir/faire, je pense qu'on aura du mal à s'en lasser! La vida portena m'a bel et bien séduite!

Hola chicos!

Ca y est, arrivée il y a trois semaines en terre australe, j'ai enfin décidé de mettre mes maigres connaissances informatiques en pratique pour partager avec vous récits et photos. Beaucoup de choses se sont passées pendant ces trois semaines, je ne sais pas trop par où commencer mais j'espère pouvoir vous donner un aperçu de ce que c'est qu'être un mouton lâché au pays des steaks et du dulce de leche, à vrai dire c'est plutôt sympa, so enjoy! Et n'hésitez pas à "lâcher vos coms"! ;)