mardi 18 mars 2008

La Paz

Parties en fin de journée de Copacabana, nous arrivons de nuit à La Paz, le soleil vient de s'éteindre derrière les sommets de l'altiplano, devant nous, à 3600m d'altitude, s'étend la capitale, semblable à une voie lactée, recouvrant toutes les parois de la cuvette, jusqu'à en déborder.

Il fait nuit mais les petites bonnes femmes sont toujours là, assises sur leurs 15 couches de jupons, tentant en vain d'épuiser leur stock de maïs ou de patates douces. A peine avons-nous posé le pied par terre que des passants nous sautent dessus, nous mettant en garde sur la sécurité: "Ne restez pas ici, c'est très dangereux, vous voyez ces jeunes là bas, ils pourraient vous voler, montez vite dans un taxi, mais attention, ce ne sont pas tous des vrais, certains se font passer pour des taxis pour mieux vous voler ou vous kidnapper", paranoïa ou réalité? Difficile de juger, mais mieux vaut ne pas prendre de risque, nous montons donc dans un taxi et nous dirigeons vers l'hostel, c'est vendredi ou samedi soir, je ne sais plus exactement, toujours est-il que dans le centre, tout le monde est de sortie, la musique des peñas s'échappe des fenêtres en dansant, accompagnée par les clignotements des panneaux publicitaires.


La Paz, surnommée le marché à ciel ouvert, de fait on ne pourrait pas mieux illustrer la ville, cet empire de la débrouille, où l'on vit et survit dans la rue. L'après-midi nous déambulons quelques temps dans le marché aux sorcières, bijoux en argent, tissus colorés, ponchos, pulls en alpaga, amulettes, tout ça à des prix imbattables tellement la concurrence est rude, dur pour un touriste de ne pas tout acheter. Un peu plus haut nous nous perdons dans un marché plus authentique, véritable Auchan en plein air, ici l'électronique, là bas les fournitures scolaires et les blouses d'infirmière, un peu plus loin les shampoings et les brosses à dent, on trouve de tout dans ce dédale de ruelles et d'étals.




Nous passons un moment dans cette fourmilière humaine et je commence à ressentir des élans de claustrophobie, mes sinus gonflent et j'ai la tête qui tourne, les filles non plus ne se sentent pas très bien, il semblerait que le mal d'altitude nous gagne, c'est l'heure de la coca! Nous nous arrêtons mâcher quelques feuilles, sous les rires des passants amusés de voir les 3 blanches que nous sommes tenter avec maladresse de se mettre aux coutumes locales, c'est amer et pâteux, mais l'effet ne tarde pas à se faire sentir, les nerfs se détendent, on se sent plus alerte, ça fait du bien.

A midi nous nous arrêtons dans un des nombreux "comedor" de la ville, des galleries de petites cantines où des petites mamies vous préparent le menu du jour, un plat de seviche, un lomo saltado ou encore un cuarto de pollo, accompagné bien sûr d'une soupe en entrée, tout ça pour 40 ou 50 centimes d'euros...

La Paz, par le mode de vie et le style vestimentaire de ses habitants, habillés en costumes traditionnels, incarne la résistance indigène, parfois évidente, parfois plus subtile, camouflée, comme le sont les superstitions indiennes dans la religion catholique. En effet, s'il y a bien une chose que les conquistadors et les missionnaires n'ont pas réussi à étouffer, c'est le culte à la Pachamama, la Madre Tierra, qui aujourd'hui se mêle au christianisme.





Dans les rues de La Paz on parle parfois Quechua ou Aymara, comme un moyen de maintenir en vie l'identité de ces peuples, ces peuples qui en 2005 ont porté Evo Morales au pouvoir, premier président indigène, un président qui crie haut et fort son rejet des valeurs occidentales, son alignement avec Fidel Castro et Hugo Chavez, et préfère le costume traditionnel au costard cravate. Sur l'altiplano, Evo, on l'aime, en témoigne les nombreux "Evo cumple" ou "Con Evo sigue la revolucion" sur les murs de La Paz. De Potosi à Copacabana, en passant par Oruro et Cochabamba, ce sont ces régions de l'ouest altiplanique qui ont porté Morales au pouvoir, ensemble ils entendent bien réformer la constitution pour redonner autonomie et souveraineté aux peuples indigènes, redynamiser la production de coca, en faire une économie saine, comme le sont les vertus premières de cette plante, source de revenus de nombreux boliviens, nationaliser les matières premières au service de la communauté, et surtout chasser les Yankees, se libérer de la domination des grandes puissances, du joug du FMI et de la Banque Mondiale, mettre fin "al Imperio". Car si elle n'est pas violente, la haîne des partisans du MAS (Movimiento Al Socialismo, parti d'Evo) envers les Yankees est bien présente, latente, les poussant à crier "Que mueran los Yankees!" dans les meetings de campagne.



Elle contraste bien cette Bolivie de l'ouest, cette Bolivie de l'altiplano, avec la Bolivie de l'est, la Bolivie du bassin amazonien. A Santa Cruz ce n'est pas "Evo cumple" que l'on voit inscrit sur les murs mais "Evo morira en Santa Cruz", ou "Evo te vamos a matar", ici l'accueil que l'on réserve à ce "negro de mierda" (mots utilisés par un cruceño pour interpeller le président lors d'un meeting) est tout autre. Cette autre Bolivie qui se veut occidentale, accueille des businessmen texans et japonais, a troqué le poncho pour le jean et se sent freiné par les peuples indiens qu'elle juge pauvres et ignorants, s'estime délaissée par le nouveau président, ne se reconnaît pas dans les idées du MAS, et revendique aujourd'hui une plus grande autonomie, menaçant le pays d'imploser, à l'heure de la réforme constitutionnelle tant attendue par les peuples indigènes.



Compliquée donc la situation en Bolivie, ce pays le plus pauvre de l'Amérique Latine, contrasté, paradoxale, mais néanmoins très enrichissant, comme l'est sa capitale, que nous quittons quelques jours plus tard...

samedi 15 mars 2008

Sur les traces d'Henry Bingham*

Pour se rendre au Machu Pichu, le touriste lambda qui débarque à Cuzco les poches pleines de dollars ou d'euros tombe facilement dans les pièges attrape-gringo que lui ont malicieusement tendu les locaux, se retrouvant à payer 80 $ le billet de train aller-retour jusqu'à Aguas Calientes, le village situé au pied du site, plus 30 $ le billet d'entrée, autrement dit 110 $ pour pouvoir dire "J'ai marché dans la cité perdue des Incas", autant dire que ça fait chère la visite...



Cependant, les pauvres étudiantes que nous sommes, ayant été contraintes de dépenser plein de sous en Patagonie, fauchées et ne voulant pas suivre l'itinéraire gringo, choisirent donc de suivre un parcours alternatif que nous avaient conseillé des argentins rencontrés à Lima: une succession de 3 bus passant par 3 villages différents, suivie d'une marche de quelques heures le long des rails jusqu'à Aguas Calientes, un véritable parcours du combattant, un détour complètement illogique, mais un voyage à 8 euros au lieu de 40 $, autant dire que nous n'étions pas au bout de nos peines...

Le dimanche matin à 8h, nous arrivons à la gare de Cuzco billets en poche, les paupières encore lourdes, et bien déterminées à arriver à Aguas Calientes avant la nuit. Première étape du parcours: un bus de 7h jusqu'au premier village, Santa Maria. A 8h30 le bus n'est toujours pas là, d'ailleurs il n'y a aucun bus d'aucune compagnie, étrange... mais les gens qui attendent assis sur leur bardas ne semblent pas inquiets, après tout 30 minutes de retard en Amérique latine ça n'a rien d'affolant, attendons donc...



A 9h toujours rien, je décide d'aller demander ce qu'il se passe, on me répond qu'il y a eu de graves éboulements sur la route de Santa Maria, que tous les bus sont bloqués de l'autre côté et qu'ils auront entre 3 et 4 heures de retard, ce qui en péruvien veut dire 5 à 6 heures... Catastrophe! Il va falloir changer nos plans! Les pauvres petites européennes que nous sommes, habituées à mener une vie bien ordonnée, sont toute chamboulées! Nous commençons donc à nous éloigner de la gare, la mine dépitée, lorsqu'un jeune homme nous saute dessus et nous propose de partager un combi jusqu'aux éboulements, il dit que de l'autre côté nous attendra un autre bus, qu'il n'y a pas de souci, nous sautons donc sur l'occasion et nous voilà parties vers Santa Maria, en compagnie d'un irlandais et de 2 anglais.

La route est en effet dans un état déplorable, il pleut des cordes et les pierres jonchent le sol, mais cela n'a pas l'air d'inquiéter notre chauffeur, qui ne ralentit en aucun cas. Assises à l'arrière, nous sommes pétrifiées, même la flûte de pan à fond dans le combi ne réussit pas à nous détendre.

Et puis soudain nous apercevons LE derrumbe**, un mur de pierre barrant la route, empêchant effectivement tout passage, à droite la montagne, à gauche le vide... Et voilà que notre chauffeur ni ne s'arrête ni ne ralentit, fonce tout droit sur le mur de pierre et le franchit, sans même regarder ce qu'il y a derrière... en l'espace de 30 secondes nous voilà de l'autre côté, sans même avoir eu le temps de crier "Papa, Maman, je vous aime!", ils sont fous ces péruviens!



Le reste du trajet se déroule plus "according to plan". Une fois retrouvés nos esprits, nous prenons la peine de contempler le paysage, qui, malgré la pluie, est splendide: nous sommes à plus de 3000 mètres d'altitude et une végétation luxuriante nous entoure, contrastant fortement avec les cactus de la vallée sacrée. Il semblerait qu'un micro climat règne sur la région... mais comme je n'y connais rien je m'arrête là! Arrivées à Santa Maria, des étalages de fruits tropicaux nous attendent, je repars avec un sac plein de bananes et de mangues en l'échange d'1 sole (25 centimes d'euros), c'est l'abondance, voir l'excès, à croire qu'avec un bon réseau de distribution, les habitants de la région pourraient gagner leur vie correctement...



Nous faisons le voyage jusqu'à Sta-Teresa (2ème bus) en compagnie de quelques locaux, travailleurs agricoles pour la plupart, et de 3 colombiens, entre les sacs de maïs et de bananes. Le bus, qui grimpe péniblement la piste taillée à flanc de montagne, manque de tomber dans le ravin une trentaine de fois, mais ceci n'est qu'un détail face aux paysages spectaculaires qui s'offrent à nous. Nous traversons plusieurs villages et croisons plusieurs bandes de joyeux fêtards, costumés, maquillés, un verre de chicha morrada *** dans la main droite, une bombe à eau dans la main gauche, c'est carnaval, on l'avait presque oublié!

A la tombée de la nuit nous arrivons enfin à Hidroelectricas, il ne nous reste plus que... 3h de marche le long des rails jusqu'à Aguas Calientes! Heureusement les colombiens sont avec nous, et ont prévu, contrairement à nous, une lampe de poche, ce qui s'avère très utile étant donné qu'on ne voit RIEN, et que d'énormes trous perforent le chemin!




Arrivés à Aguas Calientes dans la nuit chaude et humide, un petit bout de fille nous propose une chambre, elle doit avoir 13 ans à tout casser et tient seule la réception du petit hôtel, à 23h... Epuisés par cette journée d'initiation imprévue aux risques et aux aléas de la vie péruvienne, nous acceptons sans négocier, et allons nous coucher.

Au petit matin nous découvrons la ville de jour, le tableau est assez glauque, Aguas Calientes n'est qu'une plaque tournante du tourisme vers le Machu Pichu, n'a aucun intérêt en soi, grise et délavée, elle se fond facilement dans le paysage pluvieux qui l'entoure, au dessus de nos têtes les nuages forment un toit oppressant, vite, partir! Vers 7h du matin nous entamons donc l'ascension vers le Machu Pichu, ça monte sec mais pas question d'atteindre en 5 minutes de bus un site que les Incas n'atteignaient qu'après 2 jours de marche depuis Cuzco! La vue sur la vallée est magnifique, une végétation d'une densité incroyable borde les eaux du torrent boueux qui gronde, le vert contraste avec le marron, sur les sommets, les nuages suspendus s'effilent et se déchirent.



Arrivées en haut, le désespoir s'empare des 3 tomates dégoulinantes de sueur que nous sommes devenues (pas facile de jouer les exploratrices) à la vue du manteau nuageux qui recouvre le site, on ne voit pas à plus de 20 mètres devant soi, merci la saison des pluies... Nous entamons l'ascension du Waina Pichu (jeune montagne en quechua, point de vue incontournable du Machu Pichu, la vieille montagne, qu'elle surplombe), entretenant l'espoir que se dégage le ciel pendant la montée, mais une fois au sommet, celui-ci est plus blanc que jamais... tellement que ça donne le vertige, on croirait flotter au sein des nuages immaculés...



Quelques éclaircies furtives nous permettent cependant d'apercevoir, l'espace de 30 secondes, le site en contrebas, comme pour nous narguer... Nous entamons la redescente désespérées, dire que nous avons risqué nos vies pour voir ce foutu Machu Pichu (enfin presque).... mais arrivées en bas, miracle! Les nuages se sont levés et forment au dessus des ruines un toit suffisamment élevé pour que l'on puisse voir la cité perdue dans sa totalité! Le désespoir cède le pas à l'excitation, puis à la joie, la contemplation du spectacle est... jouissive!



La visite guidée nous transporte, l'espace de 2h, au cœur de la civilisation Inca. D'après le guide, le village du Machu Pichu aurait hébergé, outre les habitants lambda, Las Virgenes del sol, des femmes choisies dès le berceau par le Dieu Inti pour leur beauté et leurs talents, vouées à mener une vie de chasteté au service des Dieux, ou à servir de concubines à la noblesse Inca. La cité perdue, choisie pour son emplacement stratégique, nichée au cœur d'une vallée fertile et à égale distance des 4 tombos (lieux de ravitaillement) de la région, aurait aussi servi de refuge à l'élite Inca à plusieurs reprises, notamment lors de la conquête espagnole et la prise de Cuzco par Pizarro et ses hommes.

Plus le guide parle, plus nous nous enfonçons dans les récits de cette civilisation fascinante, capable en l'espace d'un siècle, du règne de Pachacutec à l'arrivée de Pizarro, d'édifier et d'ordonner un empire allant de l'Equateur au centre du Chili. Impressionnantes l'intelligence et la résistance physique de ces petits bonhommes vivant en permanence dans les hauteurs, et capables de faire en 2 jours le voyage Cuzco-Machu Pichu que les touristes bien entraînés font aujourd'hui en 4.

Les clés de ce développement aussi rapide et productif? Une bonne dose d'autoritarisme certes, une société profondément hiérarchisée, des croyances bien ancrées aidant au maintien de cette hiérarchie et contribuant à la stabilité du régime en place, mais aussi un véritable projet d'Etat, une collectivisation bien pensée des biens et du travail, un système d'impôts en nature (la mita, obligeant chaque membre de la société à servir la communauté un certain nombre d'années en participant à des travaux publiques) et une forte propagande visant à encourager la solidarité nationale et la pensée collective.



Aujourd'hui les héritiers de cette civilisation tentent comme ils peuvent de faire vivre leur culture, et de survivre dans un système individualiste et capitaliste étranger à leurs valeurs, courant après les touristes pour leur arracher quelques dollars contre un poncho ou un bonnet péruvien. Dans ce contexte, les roses du parti socialiste placardées sur les murs de la ville semblent égarées, ignorantes et décalées. Je ne suis pas sûre que ces repères occidentaux aient vraiment un sens au pays des Incas...



* explorateur ayant découvert la cité perdue.
** effondrement
*** boisson péruvienne alcoolisée à base de maïs

lundi 10 mars 2008

Voyage jusqu'au culo del mundo...

Pour atteindre le bout du monde en trois semaines, en partant de Buenos Aires, il faut un minimum d'organisation, et surtout une date butoir, comme par exemple un avion à prendre, empêchant de céder à la tentation de s'attarder à chaque étape merveilleuse de ce périple.

Parties donc le 6 janvier de la capitale, il nous fallait atteindre Ushuaia avant le 27 janvier, date de notre envol pour Lima. Ne pouvant omettre un passage par la région des lacs, dans les Andes du centre, c'est en longeant la cordillère que nous avons choisi d'effectuer cette descente vers la Terre de feu.

Le 7 janvier au matin, après un voyage de 20h, nous voyons donc débarquer au terminal d'omnibus de San Carlos de Bariloche, ville principale de la région des lacs, 3 nenettes en jupettes, tongues et shorts, peinant sous le poids de leurs sac à dos armés pour 2 mois de voyage. A peine avons-nous posé le pied par terre que le vent frais nous chatouille les mollets, il va falloir revoir la garde robe!



Bariloche donc, petite ville du Rio Negro située au pied de la Cordillère des Andes et à quelques kilomètres de la frontière chilienne, au bord du lac Nahuel Huapi, géant aquatique de 560 km2, accueillant chaque année 750 000 touristes pour sa neige, ses sapins et ses ballades en montagne, qui en Argentine riment avec exotisme. A nos yeux cependant, celle que l'on appelle "la Suisse Argentine" pour ses chalets en bois, ses boutiques de chocolat et son peuplement originaire d'Europe centrale, est nettement moins dépaysante.



Mais nettement moins ne veut pas dire pas du tout, ici tout est plus vaste, plus étendu, en témoigne la superficie des lacs qui perforent la région. En voiture sur la route des 7 lacs, une sensation d'immense liberté nous envahit, nous sommes presque seules sur cette route soit disant très touristique, avec pour seul guide les lignes jaunes tracées sur le bitume.




Cinq jours dans la région de Bariloche c'est aussi l'occasion de se faire les mollets (et les ampoules) sur les sentiers de montagne, et de s'accoutumer au climat nettement moins généreux que celui de Buenos Aires, avant de faire face aux vents de Patagonie. A la fin du séjour, nous sommes donc prêtes à affronter le far south, mais avant cela, une escale à El Bolson s'impose.

El Bolson, à 2h de bus au sud de Bariloche, bien que proche géographiquement du chocolat et des chalets en bois, n'a pourtant rien à voir avec son aîné. C'est sous la dictature, alors que viennent s'y réfugier les intellectuels fuyant la répression, qu'El Bolson prend de l'ampleur. Aujourd'hui cette petite ville à la population métissée, encerclée de sommets rocailleux, héberge la plupart des hippies de la région. Ici on cuisine bio et végétarien, on boit de la bière artisanale et l'on vit parfois sans électricité, ce qui plait beaucoup aux jeunes roots argentins qui l'été envahissent les campings. Il n'y a pas à dire, El Bolson inspire et repose, mais le 27 c'est bientôt, pas de temps à perdre!



Le 14 janvier au soir, nous montons à bord du bus TAQSA pour un voyage de 30h le long de la ruta 40, nous n'arriverons à El Chalten que le surlendemain matin. La ruta 40, cette route empruntée par le Che, aujourd'hui toujours pas bitumée, seule liaison directe entre la région des lacs et le sud de la Patagonie, en a fait rêver plus d'un. Le voyage est long, les sièges étroits, et les rebondissements sur la route de gravier empêchent de dormir. Mais les chauffeurs ont la patate, nous servent du maté et se trémoussent au son de la cumbia toute la nuit, alors que défilent les paysages vertigineux à nos fenêtres. La route qui s'enfonce dans la steppe aride semble se perdre à l'horizon, toujours plus au sud, vers cette terre de fuite et d'exil*, d'espoir et de désespoir, où sont venus se perdre plus d'un aventurier écossais, gallois, espagnol ou encore yougoslave, attirés par les terres octroyées par le gouvernement argentin. Autour de nous très peu de végétation, que des épineux, et la cordillère des Andes qui se dandine en arrière plan, et derrière laquelle s'enfonce le soleil couchant.



Le surlendemain à 5h du matin, alors que le soleil n'est toujours pas levé, le bus nous lâche les fesses en feu et les paupières encore à moitié fermées au milieu d'El Chalten, capitale du trekking, petit village sans âme construit pour et par le tourisme, qui vit en haute saison et s'éteint en basse saison. Nous sommes en pleine montagne et le décor est magnifique, ici l'on ne quitte pas ses chaussures de rando, son anorak et ses granny, pas de place pour les flemmards!



Nous ne passerons que deux jours à El Chalten et reprendrons bientôt la route pour El Calafate, ville tremplin vers le parc des glaciers. Sur la route nous longeons d'abord les rives du lago Viedma, puis celles du lago Argentino, deux géants opaques d'un bleu laiteux dans lesquels se reflètent les sommets enneigés de la cordillère des Andes, et puis de ci de là quelques guanacos qui nous contemplent le regard vide.



Dans les rues d'El Calafate, malgré le nombre de touristes, on ressent pleinement l'esprit pionnier de cette ville, échouée sur les bords des 1560 km2 de dulce de glaciar** du lago Argentino, en plein désert, construite à l'origine comme un point de ravitaillement des convois acheminant cuir et laine des estancias vers les ports de la côte. C'est en 1927 que l'Etat Argentin décrète son existence, elle ne compte alors qu'une trentaine d'habitants. Aujourd'hui elle en compte 22 000. Quelle est la cause de cette explosion démographique? Le tourisme, et plus précisément le Perito Moreno, l'un des glaciers les plus gros et les plus accessible du parc national Los Glacieres. Il est vrai que cette coulée de glace hirsute et monstrueuse de 15km de long et de 5 km de large, qui atteint jusqu'à 60m au dessus du lac, impressionne. Toute la journée, alors que des blocs de glace se détachent de sa paroi, venant s'écraser dans les eaux du lago Argentino, il grogne et rugit, au son des "Han!" et des "Waaah!" des touristes agglutinés sur le belvédère.



Une fois accomplie l'opération touriste au glacier, nous quittons El Calafate, laissant derrière nous nos amis Bertrand et Laurent les belges, Francisca la suisse et Alberto l'espagnol, compagnons de soirées rencontrés sur la route. Cette fois c'est vers la frontière chilienne que nous nous dirigeons, pour atteindre Puerto Natales, petit village portuaire perdu au milieu des fjords de la Patagonie chilienne. Finis les hectares de steppe et les lacs aux étendues infinies, ici la terre, ciselée par la mer, se fait plus rare, et tout semble plus étroit. Ca sent le poisson dans la ville, la population est beaucoup plus métissée et l'accent des habitants nous titille les oreilles, nous sommes au Chili!



Notre séjour en pays voisin sera bref, comme d'habitude, mais nous permettra quand même de passer 3 jours dans le parc Torres del Paine, concentré de nature et de paysages spectaculaires. Seul point d'arrêt au Chili, Puerto Natales sera notre ultime étape avant Ushuaia.

Le voyage jusqu'à la ville du bout du monde dure une douzaine d'heures, en traversant le détroit de Magellan, on prend conscience de l'isolement de ces terres australes, séparées du continent non seulement par les eaux mais aussi par les 2 frontières avec le Chili qu'il faut traverser pour y accéder, fruit d'un découpage conflictuel entre les 2 pays voisins. Une fois de l'autre côté du détroit, je tente de visualiser ce à quoi pouvaient ressembler les fumées des bûchers indiens qui poussèrent Magellan à donner le nom de Terre de feu à cette région, mais l'inscription "fast food" sur les murs du restaurant dans lequel nous nous arrêtons me ramène rapidement à la réalité.





A travers nos fenêtres défilent les hectares de steppe, les nuages effilés qui font la réputation des ciels de Patagonie, et puis de temps en temps un gaucho à cheval suivi de ses moutons. Nous sommes en fin de journée, nous filons toujours plus vers le Sud, lorsque la végétation change brutalement, se faisant plus verte et plus dense, le paysage lui aussi se fait plus vallonné, la route grimpe légèrement, le ciel commence à se teindre des couleurs du crépuscule lorsque nous arrivons en haut, surplombant enfin la baie d'Ushuaia où s'offre à nous un coucher de soleil spectaculaire!





Certes il n'y a pas grand-chose à faire en Terre de feu, le parc national déçoit souvent les touristes venant de Torres del Paine et le charme de la ville tient surtout à l'appellation "fin del mundo", qui scientifiquement ne veut pas dire grand-chose et reste en sois très superficielle. Et pourtant, au bout du monde, on s'y sent bien, quand le soleil se couche à minuit, offrant chaque jour aux touristes amassés sur la croisette un show merveilleux, que les carcasses des bâteaux d'anciens aventuriers encombrent le port, et que les vieux outils des indiens Yamanas jonchent le sol de l'isla H, au milieu du canal du Beagle. Au bout du monde on se laisse facilement emporter par les histoires des peuples indigènes, Selk'nam, Haush, Kaweskar et Yamana, des aventuriers venus se mesurer au climat hostile des terres australes, des scientifiques partis explorer le Nouveau Monde, ou encore des missionnaires jésuites prêts à convertir par la force les autochtones au christianisme.



C'est donc dans la baie d'Ushuaia, entre les phoques et les cormorans, que prend fin notre périple patagonien, il faut dire qu'il est difficile d'aller plus loin! Comme prévu nous embarquons le 27 janvier à l'aéroport d'Ushuaia en direction de Buenos Aires, puis de Lima. Envol vers un autre monde, le dépaysement risque d'être violent!



* D'après Annick Cojean, c.f. Le Monde du 26 janvier
** Nom donné par les argentins au contenu des lacs de la région, mélange de sédiments et de glaces fondues,, pour l'aspect laiteux de ses eaux.

samedi 5 janvier 2008

Infos passagères.


Les photos de l'Uruguay et du Brésil sont en ligne! Après une semaine de folie à Florianopolis, une île au sud du Brésil, à douze dans l'appart de Leo, un ami brésilien, j'ai largué ma soeurette dans l'avion du retour la larme à l'oeil... Océane est arrivée il y a 4 jous, demain départ pour la Patagonie jusqu'au 27 janvier, l'aventure continue!

samedi 22 décembre 2007

Rio de los pajaros pintados

Le fleuve des oiseaux peints, c'est ainsi que l'on nomme le fleuve Uruguay, séparant l'Argentine du pays auquel il a donné son nom. C'est donc au pays des pajaros pintados que nous avons passé notre premiere semaine de vacances, arpentant la côte atlantique de Colonia del Sacramento à Punta del diablo, près de la frontière brésilienne.



Sur le chemin du retour vers Buenos Aires je repasse par tous les endroits visités pendant la semaine, l'occasion de se replonger dans les souvenirs inoubliables de ce voyage. Il y a d'abord les lieux, pleins de charmes et de tranquilité, gravés en images et sensations dans ma mémoire:

--> Colonia del Sacramento et ses maisons coloniales (vous l'aurez deviné...), ses rues pavées, ses licuados et ses palmiers croulant sous le poids des branches, affalés sur les petites plages tropicales, qui font oublier la légère superficialité de ce lieu ultra-touristique. En s'y promenant on se croirait presque dans L'amour au temps du cholera, de Garcia Marquez (oui c'est un des seuls bouquins que j'ai lu depuis mon arrivée et je me sens obligée de le ressortir, et alors!?), s'attendant à croiser Fermina Daza ou Florentino Ariza au détour d'un banc ou d'un coin de rue.




--> Montevideo (rien que le nom sonne agréable, on croirait lâcher une grosse bulle de son gosier...), ses plages, son vent atlantique et son air marin qui semblent apaiser la ville, lui donner un air de vacances. Les charmes envoutants de sa Ciudad Vieja, vieille ville surplombant majestueusement la rambla et le port, avec ses bâtiments coloniaux en ruine, ses graffitis aux mille couleurs, ses rues pavées plongeant vers la mer, comme des tobbogans, ses cartoneros en calèche, ses habitants buvant le maté sur le pas de leur porte, son mercado del puerto semblant tout droit sorti d'un film; l'âme de l'Uruguay colonial semble bien régner sur ce quartier de la ville aujourd'hui connu pour être plus populaire et métissé.

--> Punta del este et ses airs de station balnéaire occidentale, mixt entre la grande motte et Beverly Hills, avec ses vues panoramiques sur l'océan, ses yots et ses balades sur la croisette, ses surfers, ses touristes argentins en tanga et ses vendeurs de pareo, pituco* sans l'être de trop, manquant légèrement d'âme et de charme mais super pour donner un avant goût de vacances à la mer.



--> Punta del diablo, village de quelques milliers d'habitants, toujours sur la côte uruguayenne, face à l'océan, niché quelquepart aux abords de la route nationale allant vers le Brésil, à quelques kilomètres de la frontière, nommé ainsi pour sa proximité géographique avec un rocher en forme de trident lancé vers le grand bleu, où se serait échoués moult navires, du moins il paraît... connu pour ses cabanes de pêcheur, ses plages de sable blanc, ses rues poussiéreuses, son climat sec et aride, son ciel étoilé, sa boîte de nuit où se retrouvent sans exception tous les jeunes et moins jeunes du village, son âme de pueblo, et, dans un genre opposé à Punta del este, ses vues télescopiques sur l'océan.



--> Cabo Polonio, perle du voyage, cerise sur le gâteau, morceau de paradis, rêve ou illusion... rien que par sa situation géographique, Cabo Polonio envoûte et séduit. Installé sur une mini presqu'île semblant se jetter dans l'océan, Cabo Polonio se situe au coeur d'une réserve écologique où l'on vit sans électricité et où les voitures sont interdites. Seules quelques jeeps autorisées à traverser permettent d'y accéder. Communauté de 70 habitants vivant aujourd'hui de la pêche, de l'artisanat et du tourisme, coupée du monde, en communion avec la nature, Cabo Polonio s'est à l'originé formé par un groupe d'une quinzaine de familles placées par le gouvernement pour s'occuper des otaries de la loberia. Or si les otaries sont parties, les familles sont restées, et sont aujourd'hui prêtes à tout pour préserver l'esprit et la beauté du lieu, ce qui pose quelques problèmes avec le gouvernement. En effet, El Cabo ne possède aucun statut légal, et les cabanes des habitants sont en fait sur des terrains fiscaux que l'Etat, voyant l'attraction qu'ont les touristes pour ce lieu, souhaiterait récupérer. L'avenir d'El Cabo demeure donc incertain, toujours est-il que quand on y met le pied on ne peut plus s'en détacher, surtout lorsqu'un habitant propose de vous prêter gratuitement une cabane pour quelques jours. Venues pour la journée, on s'est donc senties légèrement frustrées, mais notre retour est déjà prévu pour le mois de mars, et cette fois pour un séjour plus long, en espérant que le peaceandloveontheplanetweareallpartofthesamefamily spirit ne nous gagne pas trop quand même!



--> Et enfin la pampa (l'espace d'un instant vous avez cru pourvoir y échaper..!) qui se distingue de la pampa argentine, étant donné qu'en Uruguay les vaches côtoient non seulement les bottes de foin mais aussi les palmiers!



Mais en plus des lieux visités pour le plaisir des yeux, il ya aussi les gens rencontrés au cours du voyage, personnages à part entière de cette aventure uruguayenne, sans lesquels elle n'aurait pas été ce qu'elle est (sortez les violons..).

D'abord il y a Irene, la espanola loca comme elle s'auto-prénomme, trentenaire barcelonaise célibataire refusant de quitter sa jeunesse, comble du sociable et du naturel, rencontrée à l'hostel de Punta del diablo et grâce à qui l'on a fait moult rencontres mémorables; les brésiliens de Punta del este et leur caipirinha, Charlie la Sud africaine et ses récits sur l'apartheïd, Ernesto, l'ancien de Punta del diablo, expert des "on dit que" et des racontards du village, Edy, le prof de surf-vendeur d'artisanat-loueur de cabanes-meilleur danseur de salsa de Cabo Polonio, la madame du bus de Montevideo, qui au travers d'une discussion nous a subtilement fait remarqué que si aujourd'hui le pays peinait à se developper, c'était parce que nous les occidentaux, après avoir largement profité des matières premières d'Amérique latine pendant les 2 guerres mondiales, leur mettions aujourd'hui la corde au coup avec le FMI et la Banque Mondiale... Fred, uruguayen ayant passé une partie de son enfance en France où s'étaient réfugié ses parents pendant la dictature, les rugbymen de la fac de droit et leurs débats sur les lois mémorielles, et j'en passe...

Avec ses paysages inoubliables et ses gens accueillants, intègres et plus que tranquiles, loin de l'orgueil et de l'arrogance des portenos, l'Uruguay est un pays où l'on se sent bien, et que l'on aurait tort d'ignorer. Avec ses 3 millions de têtes, le peuple uruguayen forme aujourd'hui une grande famille luttant pour s'affirmer face à la présence parfois étouffante des 2 grands que sont l'Argentine (dont certains habitants considèrent encore l'Uruguay comme une province de leur pays) et le Brésil. Nommé meilleur Welfare State de l'Amérique latine au début du vingtième siècle, l'Uruguay tente aujourd'hui, après avoir subi les conséquences désastreuses de la dictature et de la crise économique argentine, de relever la tête.




* chic/snob

vendredi 14 décembre 2007

Société et traditions

S'il fallait résumer l'organisation de la société argentine en quelques mots, je dirais que la famille est reine. Unité élémentaire du tissu social, tant sur le plan affectif et culturel que sur le plan économique et social, la famille est ici un groupe de sociabilisation essentiel.

Les liens familiaux sont avant tout beaucoup plus forts et étroits que chez nous. Il n'est pas rare que 3 générations d'une même famille cohabitent sous le même toit, en témoigne le nombre de gens à la fac qui vivent avec leurs parents et leurs grands parents. Les réunions familiales sont également beaucoup plus fréquentes, le moindre anniversaire, que ce soit celui de la cousine issue de germain ou de la grande tante, est l'occasion de se réunir, et presque tout se fête en famille, avant de se fêter avec les copains, comme le nouvel an, où le dîner familial précédant la bamboula avec les pots est un passage obligé. Les jeunes sortent également beaucoup plus souvent que nous avec leurs cousins/cousines, le primo (cousin) étant pour beaucoup d'argentins le compagnon idéal pour ne pas arriver solo à une soirée. D'autre part même après son départ du foyer familial, l'argentin reste très proche de ses parents: Laura par exemple appelle sa mère tous les jours pour savoir comment elle va. Pour toutes ces raisons, les relations intergénérationnelles me semblent ici beaucoup plus décomplexées que chez nous: il n'est pas rare qu'un pendejo (mi-ado, mi-jeune) engage la discussion à une abuelita (grand-mère) dans le métro. Les rapports entre générations me semblent également plus naturels et plus confiants que chez nous, un exemple: à la chorale les gens ont entre 19 et 60 ans, mais lorsqu'un asado s'organise, tout le monde y participe. De même les quelques adultes qui reviennent à la fac suivre quelques cours me semblent beaucoup plus intégrés à la communauté juvénile que nos pauvres trentagénaires isolés au fin fond des amphis parisiens. Ce naturel et ce respect mutuel entre générations explique peut être aussi le fait que les rapports profs/élèves se fondent beaucoup plus sur une relation de confiance que chez nous.

D'autre part, pour des raisons tant culturelles et éducatives (les études sont un peu plus longues que chez nous) que financières, les jeunes vivent chez leurs parents beaucoup plus longtemps. A la fac, bien que la plupart des gens en cours avec nous aient plus de 22-23 ans, presque tous vivent chez leurs parents. Seuls ceux venus d'autres provinces ont leur propre appart, qu'ils partagent en général avec leurs frères et/ou soeurs. Il est vrai que pour un étudiant issu de classe moyenne, payer un loyer dans la capitale revient vite hors de prix, alors quand on a la chance d'avoir des parents qui y vivent, on y reste. Mais plus que pour des questions financières, il me semble que l'indépendantisation tardive des jeunes revet des dimensions culturelles importantes, tant que l'on ne vit pas en couple et que l'on supporte encore ses parents, pas de raison de partir. Autant cette cohabitation peut avoir du bon, la solidarité intrafamiliale s'en trouve renforcée (à ce propos j'ai parfois l'impression que les argentins craignent moins les grossesses précoces, car ils savent qu'ils peuvent compter sur les parents pour les aider à assumer l'enfant, mais ce n'est qu'une impression...), autant je trouve parfois qu'elle bloque l'émancipation, la maturation et l'entreprenariat des jeunes, longtemps couvés, à l'abri de responsabilités.

L'indice de fécondité, qui s'élève ici à 2,4 enfants par femme, contre 2 en France, et moins de 2 dans la plupart des autres pays européens, est relativement élevé. Outre les causes traditionnelles expliquant ce phénomène (accès à la contraception limité, faible éducation sexuelle, etc.), il me semble que le culte de l'enfant et de la famille nombreuse fait partie de la culture argentine. Entre le dia de los ninos, la fiesta de egresados*, le viaje de egresados**, les quince des filles***, les dieciocho des garçons, les cumpleanos, noël et j'en passe, les occasions ne manquent pas de satisfaire les jeunes pousses.





Enfin dernier constat sociétal: le nombre hallucinant de mariages. Je n'ai pas de chiffres pour appuyer ce que je dis, mais entre ceux des cousins et des copains, les argentins sont toujours fourés dans des mariages, en témoigne le nombre de fois où je me suis entendue dire de la part de copains/copines: "no puedo salir este fin de semana, tengo un casamiento". Certes le nombre est en baisse, et les divorces augmentent, mais nombreux sont ceux qui se remarient après une séparation. Poids des traditions? de la religion? Ou simple occasion de célébrer l'union et de faire la fête? Peut être un peu de tout...

Sur ces paroles légèrement rébarbatives, j'arrête de jouer les sociologues et vais boucler ma valise!

* fête organisée par les collèges/lycées chaque année pour fêter la fin des cours.
** A la fin de la terminale, la plupart des lycées propose à l'ensemble de la propotion un voyage pour fêter la sortie du secondaire.
*** Hormis les anniversaires annuels, il est de coutume ici de faire une plus grosse fête pour les 15 ans des filles et pour les 18 ans des filles. A l'occasion, et pour ceux qui ont les sous, les filles se voient traditionnellement offrir de l'argent ou un voyage.

mercredi 12 décembre 2007

Buenos Aires en images.

Les dernières photos sont en ligne, pour vous donner un aperçu de l'atmosphère bonaerense au printemps et du quartier de la Recoleta, que j'ai découvert aujourd'hui: avec ses immeubles haussmaniens, ses ambassades majestueuses et ses places pleines d'élégance, Recoleta, aussi appelé le petit Paris, est le fief de l'aristocratie bonaerense, venue s'y installer après avoir fui le quartier de San Telmo, aujourd'hui plus populaire, alors contaminé par la fièvre jaune. Idéal pour prendre un bain de soleil sur une des multiples petites places verdoyantes, faire des folies à la feria de las artesanias, se perdre entre les sépultures disproportionnées du cimetière, ou encore siroter un jus d'orange frais sur la terrasse du centro cultural. Si les quelques cartoneros faisant les poubelles n'étaient pas là pour nous ramener à la réalité argentine, on se laisserait facilement enfermer dans cette bulle, îlot de tranquilité au sein de la schizophrénie urbaine.

lundi 10 décembre 2007

Mar del plata te pone bien!

Située sur la côte Atlantique, toujours dans la province de Buenos Aires, à 4-5h de voitures de la capitale, Mar del Plata est LA destination balnéaire des argentins par excellence. Bien qu'elle atteigne à peine le million d'habitants hors saison (850 000 d'après un chauffeur de taxi), elle voit sa population doubler en été, alors qu'y accourent les portenos profitant de leurs vacances pour venir se dorer la panse, respirer le bon air marin, et manger des churros. Si Mar del Plata était à l'origine une ville réservée à l'aristocratie coloniale, en témoignent les nombreuses demeures aux proportions démesurées, J.Peron aurait fait en sorte d'en démocratiser l'accès, ce qui explique qu'on y trouve aujourd'hui toute sorte de population, unanimement d'accord pour vous dire que Mar del plata te pone bien!



C'est donc histoire de se "poner bien", et de commencer les vacances comme il se doit, que l'on a décidé d'aller y passer un week-end avec des copains de l'assoc (Un techo para mi pais), profitant du fait que les grands-parents d'un d'entre eux y aient une maison.

Avant d'arriver à Mar del Plata, il faut, comme pour atteindre n'importe quelle ville d'Argentine, traverser des kilomètres de pampa, sauf que cette fois-ci ce n'était pas la pampa arida que j'avais l'habitude de voir, mais la pampa HUMEDA, aha! Bref au bout de 2h de trajet accrochée à la vitre avec mon appareil photo, j'ai fait tellement de peine à Felix qu'il a failli par s'arrêter pour que je vois les vaches de plus près, ils sont fous ces français...




Arrivés donc le vendredi soir à "Mar del", ce n'était pas une maison qui nous attendait mais un quasi château. Ils se trouvent que les arrières grands-parents de Felix, première génération de la famille à avoir immigré en Argentine, étaient d'anciens grands propriétaires terriens du latifundio, à la tête d'exportations massives, et qu'ils se seraient fait construire cette petite demeure pour venir passer quelques jours à la mer de temps en temps...! Moi je trouve ça bien les copains comme ça! Quasi château au style médiéval, d'une quinzaine de chambres et d'une cinquantaine de lits, dans lequel on aurait put loger une trentaine de familles de Maquinista Savio... vous avez dit inégalités?



Dans un tel contexte, le week-end ne pouvait que bien se passer, un avant goût de vacances à base de séances bronzette sur la plage, de pauses churros, de maté et de bonnes fiestas au rythme de la qumbia, tout ça avec des gens ravis de vous faire connaître leur pays, le pied!





En gros Mar del Plata se résume en trois points:
1. C'est une ville...
2. ... sur la côte argentine (les argentins sont les premiers à dire que leurs plages n'ont rien d'extraordinaire)
3. Pero que Buena Onda!