samedi 22 décembre 2007

Rio de los pajaros pintados

Le fleuve des oiseaux peints, c'est ainsi que l'on nomme le fleuve Uruguay, séparant l'Argentine du pays auquel il a donné son nom. C'est donc au pays des pajaros pintados que nous avons passé notre premiere semaine de vacances, arpentant la côte atlantique de Colonia del Sacramento à Punta del diablo, près de la frontière brésilienne.



Sur le chemin du retour vers Buenos Aires je repasse par tous les endroits visités pendant la semaine, l'occasion de se replonger dans les souvenirs inoubliables de ce voyage. Il y a d'abord les lieux, pleins de charmes et de tranquilité, gravés en images et sensations dans ma mémoire:

--> Colonia del Sacramento et ses maisons coloniales (vous l'aurez deviné...), ses rues pavées, ses licuados et ses palmiers croulant sous le poids des branches, affalés sur les petites plages tropicales, qui font oublier la légère superficialité de ce lieu ultra-touristique. En s'y promenant on se croirait presque dans L'amour au temps du cholera, de Garcia Marquez (oui c'est un des seuls bouquins que j'ai lu depuis mon arrivée et je me sens obligée de le ressortir, et alors!?), s'attendant à croiser Fermina Daza ou Florentino Ariza au détour d'un banc ou d'un coin de rue.




--> Montevideo (rien que le nom sonne agréable, on croirait lâcher une grosse bulle de son gosier...), ses plages, son vent atlantique et son air marin qui semblent apaiser la ville, lui donner un air de vacances. Les charmes envoutants de sa Ciudad Vieja, vieille ville surplombant majestueusement la rambla et le port, avec ses bâtiments coloniaux en ruine, ses graffitis aux mille couleurs, ses rues pavées plongeant vers la mer, comme des tobbogans, ses cartoneros en calèche, ses habitants buvant le maté sur le pas de leur porte, son mercado del puerto semblant tout droit sorti d'un film; l'âme de l'Uruguay colonial semble bien régner sur ce quartier de la ville aujourd'hui connu pour être plus populaire et métissé.

--> Punta del este et ses airs de station balnéaire occidentale, mixt entre la grande motte et Beverly Hills, avec ses vues panoramiques sur l'océan, ses yots et ses balades sur la croisette, ses surfers, ses touristes argentins en tanga et ses vendeurs de pareo, pituco* sans l'être de trop, manquant légèrement d'âme et de charme mais super pour donner un avant goût de vacances à la mer.



--> Punta del diablo, village de quelques milliers d'habitants, toujours sur la côte uruguayenne, face à l'océan, niché quelquepart aux abords de la route nationale allant vers le Brésil, à quelques kilomètres de la frontière, nommé ainsi pour sa proximité géographique avec un rocher en forme de trident lancé vers le grand bleu, où se serait échoués moult navires, du moins il paraît... connu pour ses cabanes de pêcheur, ses plages de sable blanc, ses rues poussiéreuses, son climat sec et aride, son ciel étoilé, sa boîte de nuit où se retrouvent sans exception tous les jeunes et moins jeunes du village, son âme de pueblo, et, dans un genre opposé à Punta del este, ses vues télescopiques sur l'océan.



--> Cabo Polonio, perle du voyage, cerise sur le gâteau, morceau de paradis, rêve ou illusion... rien que par sa situation géographique, Cabo Polonio envoûte et séduit. Installé sur une mini presqu'île semblant se jetter dans l'océan, Cabo Polonio se situe au coeur d'une réserve écologique où l'on vit sans électricité et où les voitures sont interdites. Seules quelques jeeps autorisées à traverser permettent d'y accéder. Communauté de 70 habitants vivant aujourd'hui de la pêche, de l'artisanat et du tourisme, coupée du monde, en communion avec la nature, Cabo Polonio s'est à l'originé formé par un groupe d'une quinzaine de familles placées par le gouvernement pour s'occuper des otaries de la loberia. Or si les otaries sont parties, les familles sont restées, et sont aujourd'hui prêtes à tout pour préserver l'esprit et la beauté du lieu, ce qui pose quelques problèmes avec le gouvernement. En effet, El Cabo ne possède aucun statut légal, et les cabanes des habitants sont en fait sur des terrains fiscaux que l'Etat, voyant l'attraction qu'ont les touristes pour ce lieu, souhaiterait récupérer. L'avenir d'El Cabo demeure donc incertain, toujours est-il que quand on y met le pied on ne peut plus s'en détacher, surtout lorsqu'un habitant propose de vous prêter gratuitement une cabane pour quelques jours. Venues pour la journée, on s'est donc senties légèrement frustrées, mais notre retour est déjà prévu pour le mois de mars, et cette fois pour un séjour plus long, en espérant que le peaceandloveontheplanetweareallpartofthesamefamily spirit ne nous gagne pas trop quand même!



--> Et enfin la pampa (l'espace d'un instant vous avez cru pourvoir y échaper..!) qui se distingue de la pampa argentine, étant donné qu'en Uruguay les vaches côtoient non seulement les bottes de foin mais aussi les palmiers!



Mais en plus des lieux visités pour le plaisir des yeux, il ya aussi les gens rencontrés au cours du voyage, personnages à part entière de cette aventure uruguayenne, sans lesquels elle n'aurait pas été ce qu'elle est (sortez les violons..).

D'abord il y a Irene, la espanola loca comme elle s'auto-prénomme, trentenaire barcelonaise célibataire refusant de quitter sa jeunesse, comble du sociable et du naturel, rencontrée à l'hostel de Punta del diablo et grâce à qui l'on a fait moult rencontres mémorables; les brésiliens de Punta del este et leur caipirinha, Charlie la Sud africaine et ses récits sur l'apartheïd, Ernesto, l'ancien de Punta del diablo, expert des "on dit que" et des racontards du village, Edy, le prof de surf-vendeur d'artisanat-loueur de cabanes-meilleur danseur de salsa de Cabo Polonio, la madame du bus de Montevideo, qui au travers d'une discussion nous a subtilement fait remarqué que si aujourd'hui le pays peinait à se developper, c'était parce que nous les occidentaux, après avoir largement profité des matières premières d'Amérique latine pendant les 2 guerres mondiales, leur mettions aujourd'hui la corde au coup avec le FMI et la Banque Mondiale... Fred, uruguayen ayant passé une partie de son enfance en France où s'étaient réfugié ses parents pendant la dictature, les rugbymen de la fac de droit et leurs débats sur les lois mémorielles, et j'en passe...

Avec ses paysages inoubliables et ses gens accueillants, intègres et plus que tranquiles, loin de l'orgueil et de l'arrogance des portenos, l'Uruguay est un pays où l'on se sent bien, et que l'on aurait tort d'ignorer. Avec ses 3 millions de têtes, le peuple uruguayen forme aujourd'hui une grande famille luttant pour s'affirmer face à la présence parfois étouffante des 2 grands que sont l'Argentine (dont certains habitants considèrent encore l'Uruguay comme une province de leur pays) et le Brésil. Nommé meilleur Welfare State de l'Amérique latine au début du vingtième siècle, l'Uruguay tente aujourd'hui, après avoir subi les conséquences désastreuses de la dictature et de la crise économique argentine, de relever la tête.




* chic/snob

vendredi 14 décembre 2007

Société et traditions

S'il fallait résumer l'organisation de la société argentine en quelques mots, je dirais que la famille est reine. Unité élémentaire du tissu social, tant sur le plan affectif et culturel que sur le plan économique et social, la famille est ici un groupe de sociabilisation essentiel.

Les liens familiaux sont avant tout beaucoup plus forts et étroits que chez nous. Il n'est pas rare que 3 générations d'une même famille cohabitent sous le même toit, en témoigne le nombre de gens à la fac qui vivent avec leurs parents et leurs grands parents. Les réunions familiales sont également beaucoup plus fréquentes, le moindre anniversaire, que ce soit celui de la cousine issue de germain ou de la grande tante, est l'occasion de se réunir, et presque tout se fête en famille, avant de se fêter avec les copains, comme le nouvel an, où le dîner familial précédant la bamboula avec les pots est un passage obligé. Les jeunes sortent également beaucoup plus souvent que nous avec leurs cousins/cousines, le primo (cousin) étant pour beaucoup d'argentins le compagnon idéal pour ne pas arriver solo à une soirée. D'autre part même après son départ du foyer familial, l'argentin reste très proche de ses parents: Laura par exemple appelle sa mère tous les jours pour savoir comment elle va. Pour toutes ces raisons, les relations intergénérationnelles me semblent ici beaucoup plus décomplexées que chez nous: il n'est pas rare qu'un pendejo (mi-ado, mi-jeune) engage la discussion à une abuelita (grand-mère) dans le métro. Les rapports entre générations me semblent également plus naturels et plus confiants que chez nous, un exemple: à la chorale les gens ont entre 19 et 60 ans, mais lorsqu'un asado s'organise, tout le monde y participe. De même les quelques adultes qui reviennent à la fac suivre quelques cours me semblent beaucoup plus intégrés à la communauté juvénile que nos pauvres trentagénaires isolés au fin fond des amphis parisiens. Ce naturel et ce respect mutuel entre générations explique peut être aussi le fait que les rapports profs/élèves se fondent beaucoup plus sur une relation de confiance que chez nous.

D'autre part, pour des raisons tant culturelles et éducatives (les études sont un peu plus longues que chez nous) que financières, les jeunes vivent chez leurs parents beaucoup plus longtemps. A la fac, bien que la plupart des gens en cours avec nous aient plus de 22-23 ans, presque tous vivent chez leurs parents. Seuls ceux venus d'autres provinces ont leur propre appart, qu'ils partagent en général avec leurs frères et/ou soeurs. Il est vrai que pour un étudiant issu de classe moyenne, payer un loyer dans la capitale revient vite hors de prix, alors quand on a la chance d'avoir des parents qui y vivent, on y reste. Mais plus que pour des questions financières, il me semble que l'indépendantisation tardive des jeunes revet des dimensions culturelles importantes, tant que l'on ne vit pas en couple et que l'on supporte encore ses parents, pas de raison de partir. Autant cette cohabitation peut avoir du bon, la solidarité intrafamiliale s'en trouve renforcée (à ce propos j'ai parfois l'impression que les argentins craignent moins les grossesses précoces, car ils savent qu'ils peuvent compter sur les parents pour les aider à assumer l'enfant, mais ce n'est qu'une impression...), autant je trouve parfois qu'elle bloque l'émancipation, la maturation et l'entreprenariat des jeunes, longtemps couvés, à l'abri de responsabilités.

L'indice de fécondité, qui s'élève ici à 2,4 enfants par femme, contre 2 en France, et moins de 2 dans la plupart des autres pays européens, est relativement élevé. Outre les causes traditionnelles expliquant ce phénomène (accès à la contraception limité, faible éducation sexuelle, etc.), il me semble que le culte de l'enfant et de la famille nombreuse fait partie de la culture argentine. Entre le dia de los ninos, la fiesta de egresados*, le viaje de egresados**, les quince des filles***, les dieciocho des garçons, les cumpleanos, noël et j'en passe, les occasions ne manquent pas de satisfaire les jeunes pousses.





Enfin dernier constat sociétal: le nombre hallucinant de mariages. Je n'ai pas de chiffres pour appuyer ce que je dis, mais entre ceux des cousins et des copains, les argentins sont toujours fourés dans des mariages, en témoigne le nombre de fois où je me suis entendue dire de la part de copains/copines: "no puedo salir este fin de semana, tengo un casamiento". Certes le nombre est en baisse, et les divorces augmentent, mais nombreux sont ceux qui se remarient après une séparation. Poids des traditions? de la religion? Ou simple occasion de célébrer l'union et de faire la fête? Peut être un peu de tout...

Sur ces paroles légèrement rébarbatives, j'arrête de jouer les sociologues et vais boucler ma valise!

* fête organisée par les collèges/lycées chaque année pour fêter la fin des cours.
** A la fin de la terminale, la plupart des lycées propose à l'ensemble de la propotion un voyage pour fêter la sortie du secondaire.
*** Hormis les anniversaires annuels, il est de coutume ici de faire une plus grosse fête pour les 15 ans des filles et pour les 18 ans des filles. A l'occasion, et pour ceux qui ont les sous, les filles se voient traditionnellement offrir de l'argent ou un voyage.

mercredi 12 décembre 2007

Buenos Aires en images.

Les dernières photos sont en ligne, pour vous donner un aperçu de l'atmosphère bonaerense au printemps et du quartier de la Recoleta, que j'ai découvert aujourd'hui: avec ses immeubles haussmaniens, ses ambassades majestueuses et ses places pleines d'élégance, Recoleta, aussi appelé le petit Paris, est le fief de l'aristocratie bonaerense, venue s'y installer après avoir fui le quartier de San Telmo, aujourd'hui plus populaire, alors contaminé par la fièvre jaune. Idéal pour prendre un bain de soleil sur une des multiples petites places verdoyantes, faire des folies à la feria de las artesanias, se perdre entre les sépultures disproportionnées du cimetière, ou encore siroter un jus d'orange frais sur la terrasse du centro cultural. Si les quelques cartoneros faisant les poubelles n'étaient pas là pour nous ramener à la réalité argentine, on se laisserait facilement enfermer dans cette bulle, îlot de tranquilité au sein de la schizophrénie urbaine.

lundi 10 décembre 2007

Mar del plata te pone bien!

Située sur la côte Atlantique, toujours dans la province de Buenos Aires, à 4-5h de voitures de la capitale, Mar del Plata est LA destination balnéaire des argentins par excellence. Bien qu'elle atteigne à peine le million d'habitants hors saison (850 000 d'après un chauffeur de taxi), elle voit sa population doubler en été, alors qu'y accourent les portenos profitant de leurs vacances pour venir se dorer la panse, respirer le bon air marin, et manger des churros. Si Mar del Plata était à l'origine une ville réservée à l'aristocratie coloniale, en témoignent les nombreuses demeures aux proportions démesurées, J.Peron aurait fait en sorte d'en démocratiser l'accès, ce qui explique qu'on y trouve aujourd'hui toute sorte de population, unanimement d'accord pour vous dire que Mar del plata te pone bien!



C'est donc histoire de se "poner bien", et de commencer les vacances comme il se doit, que l'on a décidé d'aller y passer un week-end avec des copains de l'assoc (Un techo para mi pais), profitant du fait que les grands-parents d'un d'entre eux y aient une maison.

Avant d'arriver à Mar del Plata, il faut, comme pour atteindre n'importe quelle ville d'Argentine, traverser des kilomètres de pampa, sauf que cette fois-ci ce n'était pas la pampa arida que j'avais l'habitude de voir, mais la pampa HUMEDA, aha! Bref au bout de 2h de trajet accrochée à la vitre avec mon appareil photo, j'ai fait tellement de peine à Felix qu'il a failli par s'arrêter pour que je vois les vaches de plus près, ils sont fous ces français...




Arrivés donc le vendredi soir à "Mar del", ce n'était pas une maison qui nous attendait mais un quasi château. Ils se trouvent que les arrières grands-parents de Felix, première génération de la famille à avoir immigré en Argentine, étaient d'anciens grands propriétaires terriens du latifundio, à la tête d'exportations massives, et qu'ils se seraient fait construire cette petite demeure pour venir passer quelques jours à la mer de temps en temps...! Moi je trouve ça bien les copains comme ça! Quasi château au style médiéval, d'une quinzaine de chambres et d'une cinquantaine de lits, dans lequel on aurait put loger une trentaine de familles de Maquinista Savio... vous avez dit inégalités?



Dans un tel contexte, le week-end ne pouvait que bien se passer, un avant goût de vacances à base de séances bronzette sur la plage, de pauses churros, de maté et de bonnes fiestas au rythme de la qumbia, tout ça avec des gens ravis de vous faire connaître leur pays, le pied!





En gros Mar del Plata se résume en trois points:
1. C'est une ville...
2. ... sur la côte argentine (les argentins sont les premiers à dire que leurs plages n'ont rien d'extraordinaire)
3. Pero que Buena Onda!

jeudi 6 décembre 2007

C'est les vava, c'est les cancan, c'est les... VACANCES!

Ca y est, elles sont là, les jolies, les précieuses, les tant attendues VACANCES! le dernier parciel est derrière nous, comme dirait les argentins: me fue como al horto, pero me lo saqué de encima! Finis les virus, les pipettes et les linfocites, du moins pour un bout de temps! Demain départ pour Mar del Plata, sur la côte Atlantique, avec des copains de l'assoc, retour à Buenos Aires dimanche soir pour une petite semaine tranquilou, profiter des ferias, des marchés, des bars, des musées, de l'ambiance estivale de la ciudad, et surtout plier baggages, car le 15 décembre, c'est hasta la vista Baby, en route pour la grande vadrouille! Au programme, dans l'ordre: Uruguay, sud du Brésil (nouvel an chez un ami brésilien à Florianopolis), retour à Buenos Aires pour renvoyer Loulou dans l'avion et récupérer Océane, puis direction la Patagonie pendant 1 mois, arrivée fin janvier à Ushuaïa, avion jusqu'à Lima, une dizaine de jours au Pérou, une dizaine de jours en Bolivie, puis retour à Buenos Aires par le Nord de l'Argentine fin février, fiou, il était temps!
Moi je dis: vive l'euro fort ;)
Le blog va être dur à tenir pendant tout ce temps, entre les campings et les hostels, je doute qu'il y ait beaucoup de cybercafés dans les steppes patagoniennes... mais je ferais de mon mieux, c'est promis!
En attendant la reprise des cours (prévue autour du 20 mars 2008) semble trèèèès lointaine! :)

samedi 1 décembre 2007

Vous avez dit loi?

La loi en Argentine? Quelquechose qui fait bien sur le papier, inventé pour occuper les politiciens et faire parler les journalistes, un ornement législatif sans valeur, là pour la forme, pour faire bien... Voilà le discours que vous tiennent la plupart des argentins en référence à la force de la loi dans leur pays.

C'est vrai que le respect des règles n'est pas la chose la plus flagrante ici. Un exemple: le vote est obligatoire, mais près de 25% de la population s'est abstenue aux dernières élections. En théorie celui qui ne se rend pas aux urnes peut avoir des problèmes avec l'adminitration et encourt une amende, mais bon, dans la pratique on s'arrange, no pasa nada, quedate tranquilo, esta todo bien.

En même temps si personne ne respecte les règles, quel intérêt aurais-je à les respecter? Passager clandestin, me voilà! Ici on ne fait confiance ni aux hommes politiques, ni à ses voisins, vu comme ça l'Argentine devient vite le pays de la débrouille, chacun tentant de se frayer un chemin comme il peut.

L'exemple qui illustre le mieux ce constat est la conduite. En tête de liste des conseils aux voyageurs donnés par le ministère des affaires étrangères français: la violence routière, dite "première source d'insécurité en Argentine". Avec ses 11 000 morts par an, l'Argentine détient en effet le record mondial de tués sur la route (Maman arrête tout de suite la lecture de cet article si tu tiens à ta santé cardiaque). Une seule règle à respecter: le chacun pour soi. En général les routes sont larges, les limitations de vitesse peu présentes, et les poches des flics ouvertes à tout acte de générosité, le but est donc simple: arriver le plus vite possible à destination en évitant un maximum de feux rouges, en laissant passer un minimum de piétons, et en essayant coûte que coûte de dépasser le véhicule devant soi, même si ça implique faire une queue de poisson à celui qui est derrière (ah qu'ils sont loin nos bons vieux angles morts!).
Enfin le top du top, c'est quand même le péage (chose que j'ai pu expérimenter à plusieurs reprises grâce aux sorties hors de la ville avec les copains). Pour désengorger la circulation sur les autoroutes, les péagistes ont ordre de laisser passer les gens gratuitement lorsque la queue se fait trop longue. Mais l'argentin est fûté, voyant dans cette pratique un moyen d'économiser 2 pesos, il se met à klaxonner 500 mètres avant d'arriver au péage (histoire de mettre la pression aux péagistes), choisit la queue la plus longue pour garantir un maximum d'entassement, et appuit sur l'accélérateur comme un taré au moment où les barrières s'ouvrent. Résultat: quelques pesos d'économisés, des barrières défoncées par les retardataires ayant quand même essayé de passer, des péagistes aux tympans explosés, et un maximum d'accidents à la sortie du péage!

Enfin à part ça, je suis toujours en vie, et tiens à préciser que les argentins sont aussi capables d'être extrêmement généreux et solidaires, que demande le peuple?

Ahoora hace calor!

1er décembre à Buenos Aires: 30 degrés. Une chaleur qui vous pénètre le corps et vous applatit, vous coupe toute énergie. Une seule envie: faire le phoque au bord de la piscine toute la journée. Mais le mieux c'est qu'il paraît que ce n'est rien comparé aux 40-45°C du mois de janvier! Loulou, Océ, Antonin, préparez les déos et les brumisateurs, on va morfler!

jeudi 22 novembre 2007

Macho, macho maan...

Il y a des remarques comme ça qu'il est difficile d'oublier. Alors qu'Anaclara ne peut pas aller à l'anniversaire de Guillermo, parce que c'est loin, qu'il faudrait dormir là bas, et que ça son copain ne le tolèrerait pas, le père de Lucia, une copine de la natation, lui fait vivre un enfer depuis qu'il a décidé que le mec avec qui elle est en ce moment n'est pas fait pour elle. De son côté Josephina cache à son copain qu'elle héberge en ce moment un ami venu lui rendre visite de Cordoba, "non mais t'imagines, s'il apprend qu'un autre garçon que lui dort chez moi, bien qu'il dorme sur le canapé, il me tue!", me dit-elle en rigolant...

Bizarrement moi je ne trouve pas ça très drôle, je ne trouve pas ça très drôle que Maria doive se presser tous les soirs pour tout mettre en ordre dans la maison avant que son mari ne rentre, comme je ne trouve pas ça très drôle de ne pas pouvoir porter de jupe au-dessus du genoux sans se sentir oppressée par les regards et les sifflements des hommes de la rue. Pourquoi est-ce que quand on a des seins et les cheveux longs en Argentine, on est obligé de se demander chaque matin avant de s'habiller si ce qu'on s'apprete à mettre est acceptable? Si ça ne fait pas trop "pouffe", trop dénudée? Et qui sont-ils, ceux qui nous sifflent, pour s'octroyer le droit de nous violer du regard quand on leur passe devant, nous ramenant ainsi avec mépris à notre corps, comme si nous n'étions que physique?

Bref sur ce coup de gueule, je vais manger du chocolat et regarder un épisode de Desperate Housewives, voilà!

lundi 19 novembre 2007

Origines.

A quelques cuadras de chez nous, au collège de la communauté héllenique de Buenos Aires, continue de se transmettre la culture des premiers grecs ayant foulé le sol argentin. Quelques rues plus loin, c'est dans un restaurant arménien tenu par les familles de la communauté que Mariana, copine de la fac et descendante d'immigrés arméniens, nous a emmené manger. Vendredi soir, une chorale de descendants croates faisait vibrer les bancs de l'aula magna (amphi principal de la fac) au son de chants orientaux; Laura, elle, rêve de pouvoir un jour aller en Italie, marcher sur les traces de ses ancêtres... Depuis notre arrivée les exemples se multiplient, et avec les origines, l'Argentine a été et continue d'être le point d'atterissage de parcours migratoires en tout genre, sa population une mosaïque de communautés (Big up à tous les multiculturalistes ;)).

Le week-end dernier, à la fiesta de las colectividades de Rosario, elles étaient toutes présentes, de la Corée du Sud au Pérou, en passant pas l'Iran, le Liban, la Pologne, l'Espagne ou l'Irlande, une multitude de stands pour une multitude de communautés fières de constituer ensemble l'acutelle population argentine. Venues chacune avec leurs danses, leurs chants et leurs spécialités culinaires, l'effervescence est telle qu'on en oublierait presque le stand des tribues indiennes, reclu à une extrêmité du parc, silencieux, discret, il semble presque apeuré...


Un peu d'histoire (merci wikipedia): au milieu du 19ème siècle, les constitutionalistes de la Terre nouvelle (d'origine espagnole pour la plupart), inspirés par la devise Alberdienne "gobernar es poblar" et lasses de voir s'étendre à perte de vue des hectares de pampa vides (c'est vrai qu'une fois exterminés tous les indiens, il reste plus grand chose...) décident d'ouvrir grand les portes à l'immigration.

Victimes de persécutions ethniques et religieuses, d'épidémies, de famines, de pressions démographiques et économiques se pressent alors dans l'embouchure du Rio de la Plata, animés par des rêves de prospérité et de liberté.

Si le gros de l'immigration vient avant tout d'Espagne et d'Italie, les langues parlées sur les cargos qui traversent l'Atlantique sont nombreuses: français, irlandais, polonais, allemand, mais également syrien, libanais, ou encore hébreux. Après la seconde guerre mondiale, c'est au tour des pays d'Europe orientale de voir émigrer les leurs vers les terres australes. Aujourd'hui l'immigration semble encore une fois avoir pris un autre visage: alors que se multiplient les épiceries chinoises dans la capitale, Péruviens et Boliviens accourent aux portes de la ville, en quête de travail.




Seuls absents du décor: les africains. Pourtant au temps de l'esclavage, les premiers colonisateurs en auraient fait venir par millions pour travailler dans les mines et les plantations... Mais il fallait bien envoyer des gens sur le front pendant la guerre d'indépendance, aujourd'hui il n'en reste presque plus...

Bref quand on voit la liste des communautés présentes ici, et la liberté avec laquelle elles mettent en pratique leur identité, on se demande comment le pays fait pour être encore en un seul morceau. Et pourtant les argentins sont avant tout argentins et fières de l'être, mangent tous du dulce de leche, boivent tous (ou presque) du maté, et connaissent tous l'hymne national sur le bout des doigts. Unité nationale et communautarisme ne semblent donc pas être contradictoires. Mais les choses se compliquent peut-être un peu quand on en vient à l'établissement de politiques publiques (qui sont ma foi, pas très glorieuses...): communautarisme et politiques publiques efficaces sont-ils compatibles? (conclusion et ouverture hophophop, saloperie de sciences-po quand tu nous tiens!)
J'ai pas la réponse mais j'ai la question, c'est déjà ça!

lundi 12 novembre 2007

En remontant le Rio Parana...

Passé le delta du Rio de la Plata, en remontant vers le Nord de l'Argentine par le Rio Parana, on s'enfonce progressivement dans la province de Santa Fe, jusqu'à atteindre la ville de Rosario.




Ce chemin c'est celui qu'ont emprunté des centaines de milliers d'immigrés venus peupler la terre nouvelle, faisant aujourd'hui de Rosario la troisième ville du pays en nombre d'habitants. Ayant longtemps été un centre d'exportation massif (de par sa position géographique privilégiée), Rosario ne respirait ni le tourisme ni la tranquilité, jusqu'à ce qu'il y a quelques années, les rosarinos entreprennent un réaménagement massif de la ville, mettant à profit ses nombreux atouts géographiques, et attirant moulte de touristes à y passer le week-end. La clé de cette transformation réussie? Un gouvernement socialiste à la tête de la ville depuis plusieurs années, qui fait la fierté de la plupart de ses habitants, et marque l'originalité de Rosario, seul bastion socialiste du pays. "Nous sommes les seuls à avoir réussi à mettre le péronisme dehors", me dit un rosarino fièrement, au cours d'une discussion.


Rosario c'est aussi la ville où Laura, une copine de la fac, a fait ses premières années d'études, et c'est là où elle et son copain David nous ont emmené, Maud et moi, passer le week-end (merci au copain pour la voiture!). Arrivées le samedi midi après 2h30 de route (une aubaine pour Maud et moi maintenant habituées aux voyages de 15h...), les parents de David nous accueillent comme des rois, ils ont tous les deux fait un an d'étude en France dans leur jeunesse et sont absolument fans du pays, c'est à peine s'ils n'ont pas déroulé le tapis rouge pour notre arrivée, on n'a plus qu'à mettre les pieds sous la table, c'est parfait!

L'après-midi Laura nous fait visiter la ville, il fait beau, il y a des rues pavées et pleins de bâtiments coloniaux, le vent marin (ou devrais-je dire "fluvial") nous débouche les narines et nous ébouriffe les cheveux, on respire, les arbres, des jacarandas aux sycomores en passant par les palmiers et les platanes, sont tous aussi majestueux les uns que les autres, c'est le printemps à Rosario, et j'aime!




Le soir on rejoint les pots de Laura dans un bar-boîte sur la Costanera, cumbia et cuarteto toute la nuit, les argentins sont infatigables (au grand dam de mes jambes qui crient "au dodoooo"), ça shtroumf sec!

La journée du dimanche est encore plus dur que le reste: affalées sur nos serviettes, on se fait rôtir au soleil pendant que Mariana, la copine de Laura, nous fait tourner le maté, trop beau la vie.



Mais le clou du spectacle, c'est la bouffe du dimanche soir. Ayant suivi les conseils du Lonely Planet, Maud et moi atterissons dans un des meilleurs (et des moins chers, faut pas déconner) tenedor libre (littéralement "fourchette libre", autrement dit "buffet à volonté") de la ville, vous savez un de ces endroits où il y a tellement de choses qu'on se sait pas quoi prendre, où l'on finit par tout prendre (il fait bien rentabiliser le prix du menu, n'est ce pas Vincent?) et dont on ressort avec la peau du ventre bien tendue et l'envie de vomir.


Comble du consumisme, usine de la malbouffe, le lieu se transforme sous nos yeux en un véritable laboratoire d'analyse sociologique. 80% des gens qui nous entourent sont gros, voir obèses, j'ai l'impression de pénétrer la vie d'une nouvelle frange de la population, victime (ou bénéficiaire, à vous de juger) de l'influence américaine, bien présente sur le continent. En attendant le flan et la glace au dulce de leche ne sont pas mauvais, il suffit d'oublier que les innombrables restes finiront à la poubelle à la fin de la soirée...



Bref un week-end encore riche en expériences! Seule frustration: les bâteaux-bus ne fonctionnant pas le lundi, nous n'avons pas pu atteindre les îles... mince alors, il va falloir revenir!

NB: Vu que j'ai oublié mon appareil les 2 premiers jours, beaucoup de photos ont été prises par Maud, merci cocotte!

samedi 3 novembre 2007

"Un enfant quand je veux et si je veux", ou pas.

Aujourd'hui, les pays autorisant l'avortement regroupent 41,4% de la population mondiale, ceux qui l'autorisent pour sauver la vie de la femme enceinte, pour des raisons de santé mentale ou socioéconomiques, 48,5%, au total 89,9%.

En Argentine l'avortement est illégal. La loi (articles 85,86,87 et 88 du code pénal), sanctionne par des peines de prisons allant de 1 à 15 ans, tant les femmes se faisant avorter que ceux ayant réalisé l'opération.

La même loi établit cependant deux clauses d'exception à ces peines: lorsque l'avortement se pratique pour sauver la femme d'une grossesse qui menacerait sa vie ou sa santé, ou sur une femme mentalement handicapée dont la grossesse serait le fruit d'un viol.

Mais ces cas d'exceptions restent l'objet de vifs débats illustrés par les fluctuations des textes de loi, et se heurtent souvent aux principes moraux et religieux des médecins.*


"Idas y venidas ... se derogan, se reincorporan, se vuelven a derogar, y mientras tanto, nosotras las mujeres argentinas seguimos muriendo o nos encontramos presas (como Romina Tejerina), violadas y condenadas, sin derecho a decidir, portando úteros punibles". (Marité de Rosario, www.derechoalaborto.org.ar)

Il y a plus d'un an, la cour suprême autorisait une jeune fille handicapée victime d'un viol de se livrer à l'avortement. Face au refus des médecins du public de se livrer à une telle opération, cette dernière fut avortée dans une clinique privée. Mais aujourd'hui encore, plus d'un an après les évènements, ce cas fait parler de lui. Malgré les arguments avancés par la sénatrice Vilma Iberra pour défendre l'action de la justice argentine, mettant en avant le devoir de protection de la santé physique que possède l'Etat argentin envers ses citoyens, et insistant sur "la tragédie que représente pour une jeune fille handicapée, l'implantation violente et forcée d'un embryon"*, l'Eglise et le Secrétariat Nacional de la famille, il y a peu, réitéraient leurs critiques, n'hésitant pas à qualifier le gouvernement d'assassin, et mettant en garde contre la montée d'une idéologie pro-avortement au pouvoir.


Peu de temps après, dans la rubrique "courrier des lecteurs" de La Nacion, on pouvait lire l'article suivant:

"A los problemas cronicos que nos agobian diariamente, ahora se agrega el mas grave, el que nos cierra el estomago cada manana en pleno desayuno: el aborto asistido por el Estado.
Toda la fuerza de la medicina, con su vocacion esencial por la vida, se vio, una vez mas, aplastada por el poder superior de los ministros de Salud de turno, que autorizaron el homicidio organizado de otro bebe en plene y saludable desarrollo.
Ningun ser racional espera que una nena descapacitada o violada sea madre. Lo que esperamos todos es la creacion de un programa eficiente de asistencia y contencion psicologica, medica y economica, que la ayude a llevar a termino el embarazo, y un sistema de adopcion eficaz que, inmediatamente, ponga en contacto a ese bebe con alguna de las tantas parejas que suenan con un hijo y escriben un capitulo paralelo de intenso sufrimiento, impotencia y frustraction por no lograrlo.
Dos problemas, una solucion"
(Florencia Sanguinetti)**

Et pendant ce temps, à la fac de sciences sociales, les affiches plaidant pour le droit des femmes à disposer de leurs corps se multiplient...






*http://www.derechoalaborto.org.ar/legis.htm

**En français: "Aux problèmes croniques qui nous accablent quotidiennement s'ajoute aujourd'hui le plus grave, celui qui nous noue l'estomac chaque matin au petit déjeuner: l'avortement assisté par l'Etat.
Toute la force de la médecine, ayant pour vocation essentielle la lutte pour la vie, s'est vue, une fois de plus, écrasée par le pouvoir supérieur des ministres de Santé ayant autorisé l'homicide organisé d'un autre bébé en plein et sain développement.
Aucun être rationnel ne peut aspirer à ce qu'une jeune fille handicapée ou violée soit maman. Mais ce que nous souhaitons tous, c'est la création d'un programme efficace d'assistance et de soutien psychologique, médicale et économique, qui l'aide à mener à bien sa grossesse, ainsi qu'un système efficace d'adoption qui mette immédiatement en contact le bébé avec l'un des nombreux couples privés injustement du droit d'avoir un enfant.
Deux problèmes, une solution"
(Florencia Sanguinetti)

jeudi 18 octobre 2007

Arriba el techo!!

Ca y est, la construction est terminée, Vicente, Maria et leurs 5 enfants ont maintenant une maison de 18m2 sur pilotis, isolée et vernis, un toît sous lequel il ne pleut pas, une maison où l'on peut faire ses devoirs, un peu plus d'espace et d'intimité enfin, pour les trois adolescents de la famille, jusqu'à présent obligés de partager le foyer familial, une cabane d'une quinzaine de mètres carrés, faite de tôle et de carton, perdue au milieu des centaines de bicoques du bidonville (villa) de Maquinista Savio.

Petit retour dans le temps: vendredi soir dernier, Maud, Hugo et moi arrivons, marteau, duvet et k-way sous le bras, au gymnase servant de rendez-vous aux 600 volontaires venus filer un coup de main à la construction des maisons. Après les quelques heures d'attente traditionnelles (le quart d'heure de politesse argentin qu'ils disent), les organisateurs nous répartissent entre les 9 écoles chargées de nous accueillir, j'atteris dans la "escuela violeta", accompagnée de quelques 70 autres bénévoles: direction Maquinista Savio, petite ville du partido de Escobar, dans la banlieue de Buenos Aires.



Arrivés à l'école vers 22h, on s'installe comme on peut, à 20 par salle de classe, les duvets à même le sol, ça s'annonce folklo! Sandwichs et empanadas nous attendent au repas, l'occasion de faire connaissance des autres voluntarios, et de commencer le séjour dans la bonne humeur. Les voluntarios ont tous entre 18 et 25 ans, et de l'énergie ils en ont, heureusement, car le programme est chargé!




Réveillés au chant du coq pour être dans la villa à 8h, la construction dure chaque jour jusqu'à environ 18h: on martèle, on visse, on cloue, le soleil tape et les muscles travaillent! Mais la qumbia qui résonne dans tout le quartier est là pour nous motiver, de même que le maté qui tourne régulièrement, que l'on soit en train de creuser ou de scier, après tout on a 2 mains, autant les utiliser! Les pauses (qui sont nombreuses, on est en Argentine, faut pas déconner!) sont l'occasion de discuter avec les futurs propriétaires de la maisonnette, ou d'organiser des matchs de foot avec les enfants du quartier. Elles sont aussi l'occasion de s'arrêter 2 minutes, de regarder autour de soi, et de se dire "effectivement, c'est pauvre".




Les chefs de la famille pour laquelle je construis sont Maria et Vicente Prado. Maria est femme de ménage et Vicente peintre dans le bâtiment, ensemble ils élèvent 6 enfants, mais l'aînée, agée de 20 ans et déjà Maman, vit à présent avec son mari. Bosseurs, sans problème d'alcool ni de drogue, chacun un emploi, ils ne s'en sortent pas trop mal. Ce n'est pas le cas de tout le voisinage, le manque d'éducation et de débouchés professionnels est criant, ici on se met à chercher du travail vers 13 ans, et l'on devient parent vers l'âge de 18 ans. Ici le gouvernement est loin, très loin, les rues ne sont pas bétonnées et rares sont les maisons qui ont accès à l'eau, les mares de boues crées par la pluie et le manque d'hygiène sont donc l'occasion pour toute sorte de bactéries et de virus de proliférer.
Le soir, avant de partir, Maria nous demande de cacher les planches au fond de la cour, elle craint que les jeunes qui se réunissent au pied de sa porte pour se droguer ne s'amusent à les brûler, les gens du quartier semblent donc être les premières victimes de la délinquance tant décriée des bidonvilles... Je me demande ce que font les adolescents de leurs soirées, quand leurs parents, par peur des mauvaises influences, leur interdisent de sortir, et que le foyer familial fait 15m2...



Les soirées passées à l'école avec les voluntarios sont animées d'un certain nombre de débats et de réflexions sur les principes moteurs de l'association: non à l'assistanat, d'accord, mais où commence l'assistanat? Insertion professionnelle/Education/apport d'un soutien matériel et concret: par quoi commencer pour sortir quelqu'un de la pauvreté?
Elles sont aussi l'occasion de bien se marrer, musique et jeux débiles, les organisateurs ont tout prévu pour que les nuits ne durent pas plus de 5h, on se croirait dans un stage BAFA version argentine, et c'est bien sympa!

La construction s'achève donc dans l'après-midi du lundi. La maison, décorée par les petites du voisinage, est prête à accueillir ses nouveaux propriétaires, l'émotion se fait sentir... Pour nous remercier, les Prado nous cuisinent de la viande. Et puis viens l'heure des au revoirs, les discours de remerciements n'en finissent pas, de notre côté comme du leur, la chef de notre école me demande de parler au nom de mon équipe devant l'ensemble des voluntarios et des familles, j'ai à peine le temps de réfléchir à ce que je vais dire que je me retrouve propulsée sur le devant de la scène, panique, stress, finalement je réussis à sortir quelques phrases dans un espagnol plus que douteux, fiou!
Je m'étais dis que je ne pleurerais pas, mais quand la petite "Milagro", au moment de partir, vient fondre en larmes dans mes bras me faisant promettre de revenir, c'est plus fort que moi...



Et puis voilà, entassés à bord d'un camion, les 70 bénévoles quittent la petite école de Maquinista Savio pour rejoindre le reste de l'association, derrière eux restent dix maisons neuves, dix familles sur le point d'entamer un nouveau début, dix promesses d'avenir... La maison me direz-vous, ne sert à rien si elle ne s'accompagne pas d'un suivi professionnel serieux. Mais elle est en tout cas une étape cruciale, une solution d'urgence incontournable, le premier pas vers la création d'une relation de confiance durable entre les membres de l'association et les gens des villas, basée sur des faits concrets, et vers la sortie de la pauvreté. Comment parler d'éducation à des enfants qui n'ont ni table ni cahier pour étudier? Comment demander à des gens qui doivent chaque jour remettre leur foyer inondé par la pluie sur pied, de se consacrer à la recherche d'un emploi meilleur?

Microcrédit, insertion professionnelle, éducation sexuelle, autant de thèmes nécessaires à la mise en place d'un suivi professionnel plus poussé, et que les membres d'Un techo souhaitent creuser. En attendant, il faut bien fêter la réussite de la construction, et c'est ce qu'on fera samedi prochain, au cours d'une grosse fiesta, dont les fonds récoltés seront reversés à l'association. Après l'effort, le réconfort!

vendredi 5 octobre 2007

De Paseo por Peninsula Valdes.

Ca faisait un moment qu'on y pensait, mais on ne l'avait jamais envisagé serieusement, jusqu'à ce qu'Ines nous annonce qu'elle partait passer quelques jours à Peninsula Valdes... Les partiels terminés, on peut se permettre de louper quelques jours de cours, et l'envie de voyager commence à nous démanger, Ok Ines on part avec toi, en route pour Puerto Madryn!


Puerto Madryn est une ville d'environ 100 000 habitants, située sur la côté Atlantique, dans la Province de Chubut, au Nord de la Patagonie, et à quelques kilomètres de la réserve écologique de la Peninsula Valdes, paradis des baleines, des phoques, des otaries et des pingouins pour sa situation géographique privilêgiée.

Après 18h de bus, des kilomètres et des kilomètres de pampa (c'est fou ce que ce pays est vide...), une série de navets cinématographiques et des fourmis dans les jambes, on foule enfin, samedi matin, et pour la première fois, le sol patagonien.
Il fait beau, sec, et chaud! Les gens sont en shorts et en tongues, nous qui avions prévus les gros pulls, c'est râté! Il règne dans la ville une atmosphère de station balnéaire: la crème solaire et les churros sont de sortie, et ça donne le sourire! La différence d'échelle avec Buenos Aires se ressent partout: ici la pollution n'infiltre pas les poumons à chaque inhalation, et l'on ne risque pas sa vie chaque fois qu'on traverse la route!


Mais que fait cette ville, centre économique de la région, au milieu de cette contrée aride et désertique qu'est la Province de Chubut? Pour cela un peu d'histoire: au dix-neuvième siècle, à l'autre bout de la planète et dans un style un peu moins exotique, les gallois, qui souffraient des persecussions de la couronne britannique pour leurs pratiques méthodistes, demandèrent au gouvernement argentin un territoire où ils pourraient s'installer et pratiquer leur religion librement. Une fois les craintes éliminées, ce dernier concéda aux opprimés un bout de la pampa qui restait à peupler, les gallois devant en échange, jurer de ne pas menacer l'unité argentine en construction. Ainsi débarquèrent, en 1865, les premiers expatriés de rosbeefland, sur ce qui sera plus tard rebaptisé Puerto Madryn ; d'où le nombre important de personnes à la peau blanche et aux yeux bleus que l'on peut croiser dans les rues de la ville, et les dégustations de scones et de pudding en plein milieu de la pampa, original non?
Bref, toujours est-il qu'aujourd'hui, les habitants de Puerto Madryn vivent essentiellement de l'industrie de l'aluminium, de la pêche, et bien sûr du tourisme naturel, ultra développé étant donné la situation géographique de la ville.


En effet, pour beaucoup de backpackers, Puerto Madryn est avant tout une plaque tournante pour accéder aux divers lieux de pélerinage des baleines (ballenas franca australes plus précisément), des phoques et des pingouins, présents sur les côtes de la région en période de reproduction, autrement dit de juillet à décembre, et concentrés pour l'essentiel dans la réserve écologique de la Peninsula Valdes.



En tant que parfaits petits touristes, on s'est donc inscrites à une excursion organisée par l'hostel dans la réserve. Il faut dire que les visites sans guide sont très difficiles: la protection du milieu naturel, qui fait vivre tout un secteur de l'économie, est une priorité (ce qui contraste avec les champs de sacs plastiques à la sortie de Puerto Madryn...), et les entrées et sorties de la réserve sont de ce fait extrêmement contrôlées et limitées. Départ donc de l'hostel dimanche matin à 8h, avec notre guide Hugo et notre chauffeur Hector, pour une journée qui s'annonce dense et riche en découvertes. Si dense que je ne sais pas par où commencer, les photos parleront d'elles mêmes, en tout cas je l'espère.
Les phoques, colonie de patapoufs échoués paresseusement sur le sable patagonien, se dorent la panse au soleil, et semblent chercher à éviter tout mouvement inutile, si ce n'est pour émettre un quelconque grognement ou pour chasser le mâle qui s'approcherait de ses femelles, repos et immobilité, ya qu'ça d'vrai!



Les pingouins, petits bonhommes noirs et blancs, nous attendent, ailes ouvertes, perchés sur les collines et les rochers, à l'affut du prochain déversement de touristes. Un point a retenu mon attention: les pingouins sont extrêmement fidèles et paritaires! Figurez-vous que c'est avant tout le mâle qui, après un séjour de plusieurs mois en mer, débarque sur les plages de la Patagonie pour préparer le nid avant l'arrivée de Madame. Lorsque celle-ci arrive, elle se rend immédiatement au même nid, et donc au même mâle, que l'année d'avant. On se retrouve, on se câline, on copule, et quelques jours plus tard c'est au tour de Mr, le ventre vide, de retourner en mer, laissant Madame couver sa progéniture. Deux semaines plus tard Mr revient, et rebelote, on échange les rôles, et Madame s'en va se remplir la panse. A son retour les futurs parents passent les derniers jours de la couvaison ensemble, pour voir bébé sortir de son oeuf et l'aider à faire ses premiers pas, pas mal comme organisation!



Quand aux baleines, que dire... Sereines, majestueuses, gracieuses malgré leur taille imposante (de 15 à 17m de long pour un poids d'environ 9 tonnes), elles s'approchent calmement du bâteau, disparaissent sous la surface, ne laissant aux pauvres touristes accrochés à leurs appareils photos qu'une faible tâche sombre que l'on tente désespérément de ne pas perdre de vue... et tout d'un coup surgit une tête, un jet d'eau, un aileron, une queue si on a de la chance, l'espace de quelques secondes, et puis plus rien. Au loin le baleineau se donne en spectacle, saute et se trémousse hors de l'eau, sous les airs ébahis des passagers , c'est magique!



On décide de passer la nuit du dimanche au lundi à Puerto Piramides, seul village de la réserve, né il y a une trentaine d'années par et pour le tourisme, 300 habitants nichés au creux de la péninsule, entre les pleines désertiques des gualichos et l'empire des baleines. Avec ses maisons fraîchement construites, sa station service et son climat aride, Puerto Piramides évoque le farwest.
La nuit, en écoutant le chant des baleines depuis la côté, on comprend mieux l'esprit des habitants de la Patagonie, connus pour être plus hostiles, plus rudes et plus réservés que ceux du Nord, des hommes pour la plupart plus proches de la nature, plus solitaires, isolés qu'ils sont des centres urbains par des kilomètres de pampa.



Une fois sorties de ce petit paradis, l'arrivée à Puerto Madryn le lundi soir nous fait l'effet d'un retour brusque dans le monde urbain. Mais ce n'est rien comparé au violent choc électrique que nous occasionne, quelques excursions et quelques heures de bus plus tard, le réveil à 6h40 à la gare de Retiro, qui nous propulse la gueule enfarinée dans les rues de la capitale. Welcome back to reality! Il est tant d'atterrir et de se préparer à affronter quelques heures sévères d'immunologie, malgré le sommeil qui pèse sur nos paupières, et la folle envie de mettre nos photos sur l'ordi, pour pouvoir, encore une fois, s'évader vers la magie des terres australes!

mercredi 26 septembre 2007

Un techo para Argentina

Vendredi dernier, en début de soirée, peu avant de sortir, je reçois un mail d'Anouk m'informant que des mecs de son école nous propose de rejoindre les membres de l'association "Un techo para mi pais", dont ils font partie, pour une mission dans un bidonville de Buenos Aires, le lendemain matin. Le rendez-vous est à 8h30, dur dur quand on prévoit de ne pas se coucher avant 4h du matin, mais j'attends depuis déjà quelques semaines qu'une occasion comme celle-ci se propose, la nuit sera donc courte!



Un techo para mi pais est une association présente dans la plupart des pays d'Amérique latine, arrivée à Buenos Aires depuis à peine un an, qui a pour but de permettre aux familles les plus pauvres d'aquérir le minimum pour avancer dans la vie: un toît. Tous les samedis matins, Tomas, Bruno, ainsi qu'une vingtaine de jeunes pétant la forme se réunissent pour arpenter les rues des villas (bidonvilles) de la province, le but étant de repérer les familles les plus en détresse pour ensuite les aider à construire une maison digne de ce nom. La "maison", sencée représenter une solution provisoire, un petit coup de pouce dans la vie de ces gens qui n'ont rien, n'est en fait qu'une cabane en bois de 18m2 sur pilotis, mais au moins à l'intérieur c'est propre et il ne pleut pas.






Les principes de l'association sont clair: interdiction de tomber dans l'assistanat. C'est pourquoi l'on demande aux familles de payer 10% du prix de la maison avant la construction, histoire que cette dernière ne soit pas un simple cadeau, et surtout que les familles aient le sentiment que la maison leur appartient.

Samedi matin on a donc arpenter les rues d'une des nombreuses villas des alentours de Buenos Aires, pour récolter l'argent, et surtout pour discuter avec les familles avant la construction. Un échange simple et court, mais qui permet, autour d'un maté, de découvrir le deuxième visage de l'Argentine, de pénétrer un monde loin des bars et des boutiques branchées de Palermo, un monde où il n'y a ni eau ni électricité, un monde où l'on vit entassé dans des taudis sans nom, un monde où les enfants, la nuit, se transforment en cartoneros...


Une super expérience, à renouveler. La construction est prévue pour le week-end du 12 octobre, 600 volontaires, logés dans les écoles du quartier, vont en 3 jours construire 60 maisons, autrement dit tenter de redonner espoir à 60 familles, j'ai hâte!