
Sur le chemin du retour vers Buenos Aires je repasse par tous les endroits visités pendant la semaine, l'occasion de se replonger dans les souvenirs inoubliables de ce voyage. Il y a d'abord les lieux, pleins de charmes et de tranquilité, gravés en images et sensations dans ma mémoire:
--> Colonia del Sacramento et ses maisons coloniales (vous l'aurez deviné...), ses rues pavées, ses licuados et ses palmiers croulant sous le poids des branches, affalés sur les petites plages tropicales, qui font oublier la légère superficialité de ce lieu ultra-touristique. En s'y promenant on se croirait presque dans L'amour au temps du cholera, de Garcia Marquez (oui c'est un des seuls bouquins que j'ai lu depuis mon arrivée et je me sens obligée de le ressortir, et alors!?), s'attendant à croiser Fermina Daza ou Florentino Ariza au détour d'un banc ou d'un coin de rue.
--> Montevideo (rien que le nom sonne agréable, on croirait lâcher une grosse bulle de son gosier...), ses plages, son vent atlantique et son air marin qui semblent apaiser la ville, lui donner un air de vacances. Les charmes envoutants de sa Ciudad Vieja, vieille ville surplombant majestueusement la rambla et le port, avec ses bâtiments coloniaux en ruine, ses graffitis aux mille couleurs, ses rues pavées plongeant vers la mer, comme des tobbogans, ses cartoneros en calèche, ses habitants buvant le maté sur le pas de leur porte, son mercado del puerto semblant tout droit sorti d'un film; l'âme de l'Uruguay colonial semble bien régner sur ce quartier de la ville aujourd'hui connu pour être plus populaire et métissé.
--> Punta del este et ses airs de station balnéaire occidentale, mixt entre la grande motte et Beverly Hills, avec ses vues panoramiques sur l'océan, ses yots et ses balades sur la croisette, ses surfers, ses touristes argentins en tanga et ses vendeurs de pareo, pituco* sans l'être de trop, manquant légèrement d'âme et de charme mais super pour donner un avant goût de vacances à la mer.
--> Punta del diablo, village de quelques milliers d'habitants, toujours sur la côte uruguayenne, face à l'océan, niché quelquepart aux abords de la route nationale allant vers le Brésil, à quelques kilomètres de la frontière, nommé ainsi pour sa proximité géographique avec un rocher en forme de trident lancé vers le grand bleu, où se serait échoués moult navires, du moins il paraît... connu pour ses cabanes de pêcheur, ses plages de sable blanc, ses rues poussiéreuses, son climat sec et aride, son ciel étoilé, sa boîte de nuit où se retrouvent sans exception tous les jeunes et moins jeunes du village, son âme de pueblo, et, dans un genre opposé à Punta del este, ses vues télescopiques sur l'océan.
--> Cabo Polonio, perle du voyage, cerise sur le gâteau, morceau de paradis, rêve ou illusion... rien que par sa situation géographique, Cabo Polonio envoûte et séduit. Installé sur une mini presqu'île semblant se jetter dans l'océan, Cabo Polonio se situe au coeur d'une réserve écologique où l'on vit sans électricité et où les voitures sont interdites. Seules quelques jeeps autorisées à traverser permettent d'y accéder. Communauté de 70 habitants vivant aujourd'hui de la pêche, de l'artisanat et du tourisme, coupée du monde, en communion avec la nature, Cabo Polonio s'est à l'originé formé par un groupe d'une quinzaine de familles placées par le gouvernement pour s'occuper des otaries de la loberia. Or si les otaries sont parties, les familles sont restées, et sont aujourd'hui prêtes à tout pour préserver l'esprit et la beauté du lieu, ce qui pose quelques problèmes avec le gouvernement. En effet, El Cabo ne possède aucun statut légal, et les cabanes des habitants sont en fait sur des terrains fiscaux que l'Etat, voyant l'attraction qu'ont les touristes pour ce lieu, souhaiterait récupérer. L'avenir d'El Cabo demeure donc incertain, toujours est-il que quand on y met le pied on ne peut plus s'en détacher, surtout lorsqu'un habitant propose de vous prêter gratuitement une cabane pour quelques jours. Venues pour la journée, on s'est donc senties légèrement frustrées, mais notre retour est déjà prévu pour le mois de mars, et cette fois pour un séjour plus long, en espérant que le peaceandloveontheplanetweareallpartofthesamefamily spirit ne nous gagne pas trop quand même!
--> Et enfin la pampa (l'espace d'un instant vous avez cru pourvoir y échaper..!) qui se distingue de la pampa argentine, étant donné qu'en Uruguay les vaches côtoient non seulement les bottes de foin mais aussi les palmiers!
Mais en plus des lieux visités pour le plaisir des yeux, il ya aussi les gens rencontrés au cours du voyage, personnages à part entière de cette aventure uruguayenne, sans lesquels elle n'aurait pas été ce qu'elle est (sortez les violons..).
D'abord il y a Irene, la espanola loca comme elle s'auto-prénomme, trentenaire barcelonaise célibataire refusant de quitter sa jeunesse, comble du sociable et du naturel, rencontrée à l'hostel de Punta del diablo et grâce à qui l'on a fait moult rencontres mémorables; les brésiliens de Punta del este et leur caipirinha, Charlie la Sud africaine et ses récits sur l'apartheïd, Ernesto, l'ancien de Punta del diablo, expert des "on dit que" et des racontards du village, Edy, le prof de surf-vendeur d'artisanat-loueur de cabanes-meilleur danseur de salsa de Cabo Polonio, la madame du bus de Montevideo, qui au travers d'une discussion nous a subtilement fait remarqué que si aujourd'hui le pays peinait à se developper, c'était parce que nous les occidentaux, après avoir largement profité des matières premières d'Amérique latine pendant les 2 guerres mondiales, leur mettions aujourd'hui la corde au coup avec le FMI et la Banque Mondiale... Fred, uruguayen ayant passé une partie de son enfance en France où s'étaient réfugié ses parents pendant la dictature, les rugbymen de la fac de droit et leurs débats sur les lois mémorielles, et j'en passe...
Avec ses paysages inoubliables et ses gens accueillants, intègres et plus que tranquiles, loin de l'orgueil et de l'arrogance des portenos, l'Uruguay est un pays où l'on se sent bien, et que l'on aurait tort d'ignorer. Avec ses 3 millions de têtes, le peuple uruguayen forme aujourd'hui une grande famille luttant pour s'affirmer face à la présence parfois étouffante des 2 grands que sont l'Argentine (dont certains habitants considèrent encore l'Uruguay comme une province de leur pays) et le Brésil. Nommé meilleur Welfare State de l'Amérique latine au début du vingtième siècle, l'Uruguay tente aujourd'hui, après avoir subi les conséquences désastreuses de la dictature et de la crise économique argentine, de relever la tête.
* chic/snob





















